Taor ou le temps sacrifié

Revue Sémiotique et Bible

C'est surtout par le biais d'une approche narrative et figurative que Christian MORIN (Cégep de Sainte-Foy, Québec) étudie la problématique du « sacrifice » dans le roman de Michel Tournier, Gaspard, Melchior & Balthazar. Il montre comment les aventures de Taor, commencées sous les allures d'un récit d'initiation, se transforment en une quête plus ou moins consciente qui l'amène à une expérience de don de soi qu'il n'avait pas recherchée, et qui peut être entendue comme un sacrifice. Si le récit bifurque ainsi, c'est que la dimension spirituelle, d'abord manifestée de façon marginale, se développe au cours de divers entretiens qui scandent son aventure : ce qu'il entend de ses interlocuteurs fait que Taor se détourne de son obsession pour le sucre et se laisse prendre dans une quête spirituelle qui finit par occuper tout son être. C'est dans le croisement et la transformation des isotopies alimentaires et temporelles que la narration manifeste cette évolution chez Taor. Celui-ci « sacrifie » son goût du sucre et son emprise sur le temps, se laissant toucher par diverses paroles entendues, qui lui font reconnaître progressivement des valeurs qui s'imposent au point d'entraîner une autre « forme de vie ». L'auteur montre ainsi l'importance de la parole et du langage qui « éclairent » Taor dans sa lente saisie de la valeur « nourrissante » et « lumineuse » du don de soi, manifestée par excellence dans une parole de Jésus.

  • Dates
    Paru le 10 mars 2012
  • Auteur(s)

    Christian Morin

  • Éditeur
    Université Catholique de Lyon
  • Références
    n°145