Le sévère sauveur. Lecture pragmatique des sept « ouai » dans MT 23,13-36

Revue Sémiotique et Bible

Michel Sakr présente dans cet article les principales données d'une thèse de doctorat soutenue à l'Université Pontificale Grégorienne à Rome en 2005. La recherche porte sur une séquence de l'évangile de Matthieu (23,13-26) caractérisée par une série d'adresses aux pharisiens, introduites par « ouai » et pouvant proférer des invectives, des menaces ou des lamentations. L'étude de cette séquence et de son contexte dans l'évangile de Matthieu s'ouvre sur des propositions théologiques.

Les bases théoriques et méthodologiques de ce travail ne sont pas celles que l'on trouve habituellement dans Sémiotique & Bible. Il s'agit ici de faire appel aux propositions de la pragmatique.

Cette branche des sciences du langage, qui se recommande en particulier des travaux de Morris, de Austin et de Searle, aborde le langage, du point de vue de l'énonciation, comme un acte. « Quand dire c'est faire », tel est le titre de la traduction française de l'ouvrage de Austin. Parler, c'est agir, et la pragmatique a pu détailler les différents « actes de langage » qui peuvent caractériser une énonciation (promesse, ordre, menace...). Dans le domaine des sciences du langage, la pragmatique a ouvert tout le champ des études sur les « interactions verbales », sur la co-construction du discours entre les partenaires des échanges langagiers.

Concernant les textes, l'approche pragmatique cherche à montrer comment tout texte s'inscrit dans une communication, qu'il s'agisse de la communication première entre un auteur et ses premiers destinataires, ou de la communication que vient réactualiser toute lecture. Si l'on transpose sur le texte la problématique pragmatique des « actes de langage », on cherchera à définir l'effet du texte sur son lecteur et l'on rapportera cet effet à une « stratégie » de l'auteur en direction de ses lecteurs. Mais si l'on n'est plus dans les conditions initiales de cette communication, c'est à partir des structures ou de la forme du texte même qu'on cherchera cette stratégie ou cette intention pragmatique que l'on rapporte à un « auteur implicite » ou à un « narrateur », rôle reconstruit à partir du texte et qui doit être distingué de l'auteur empirique (ou historique) du texte. Corrélativement, la forme du texte projette la position d'un « lecteur implicite », cible de la stratégie du texte, rôle qui doit être distingué du lecteur empirique. L'analyse du texte visera donc à montrer comment, par quelle « stratégie » un texte « construit » son lecteur et les conditions de sa lecture.

Cet horizon de recherches, qui se situe globalement dans le champ de la communication et de ses effets repose sur des bases assez différentes de celles de la sémiotique et de sa problématique de la signification et de l'énonciation. Il est actuellement présent dans ce qu'il est convenu d'appeler les « études narratives » de la Bible sur lesquelles s'appuie également cet article ; elles conjuguent les perspectives linguistiques de la  pragmatique avec les données théoriques et littéraires de la « narratologie ».

  • Dates
    Paru le 10 mars 2011
  • Auteur(s)

    Michel Sakr

  • Éditeur
    Université Catholique de Lyon
  • Références
    n°141