Discerner les signa temporum ou la « contemporanéité » évangélique Mt 16,1-4 et Mt 24-25

Revue THÉOPHILYON

Résumé L'article analyse, du strict point de vue de l'exégète, le sens de Mt 16,3 dans lequel se trouve l'expression « signes des temps ». On discute d'abord un point de critique textuelle puisque le v. 3 n'est pas attesté dans certains manuscrits importants. Dans la suite, on envisage successivement le passage de Mt 16,1-4 sans et avec le v.3. Dans une dernière étape, on s'interroge sur la reprise de la catégorie du sêmeion articulée à celle du temps dans le discours eschatologique de Mt 24-25. De l'ensemble du parcours exégétique, il ressort que l'expression sêmeia tôn kairôn se présente comme une invitation à une forme de présence critique à son époque. Pour l'auditeur de l'évangile de Matthieu, il s'agit de discerner les symptômes de son temps sans se laisser abuser ou séduire. Dans le cadre plus large de la narration évangélique, Mt 24-25 constitue une explicitation de l'expression sous forme d'un long discours de Jésus qui recadre la question de départ des disciples (24,3). Pour traduire en langage philosophique ce que l'expression sêmeia tôn kairôn recouvre mais aussi la condition du disciple que le discours de Mt 24-25 développe, on propose d'utiliser le terme de « contemporanéité » tel que le définit le philosophe Giorgio Agamben.