Vous avez dit : couple ?

Comment articuler le Nous conjugal au Soi individuel lorsque l'on construit un lien de couple ? Le clinicien écoute les couples en crise, les plaintes et les souffrances conjugales exprimées par les individus. Il doit solidement être formé aux spécificités du couple.

Les sociologues du couple ont mis en évidence depuis déjà plusieurs années les tensions et paradoxes inhérents à la vie de couple contemporaine : le couple n’a jamais probablement été autant investi, mais un sentiment concurrent à l’amour, le sentiment de ne plus être soi-même, pourra amener un certain nombre de séparations. Sans qu’il y ait de véritables reproches à faire au conjoint, l’enjeu est d’être ou de rester, ou de redevenir, soi-même. La séparation s’accompagnera d’un sentiment important de reconquête de soi, de découverte ou redécouverte d’une capacité à décider pour soi, à se retrouver, à se définir autrement que dans le regard de l’autre.

Les constats et analyses du sociologue rejoignent et éclairent les observations du clinicien, psychologue, psychothérapeute, conseiller conjugal et familial, qui accompagne au quotidien des femmes, et des hommes, en questionnement sur ce qui serait nommé « l’aliénation de Soi » dans leur lien de couple. Il faut noter que la diffusion et la vulgarisation de la psychanalyse, de la psychologie, et d’une manière générale, du développement personnel, ont certainement contribué à cette centration sur Soi.

Or, peut-on séparer l’autonomie et l’épanouissement personnel de la capacité à aimer ? Il y aurait probablement un risque, que relève le sociologue F. de Singly, pour l’individu lui-même, si le développement et le primat du Soi dominaient systématiquement la richesse et la complexité du lien amoureux et de l’énigme de la rencontre avec l’autre. Et de fait, comme clinicien écoutant l’individu, nous entendons bien aussi que la quête de l’autre n’est pas que quête de soi, mais aussi « d’un autre qui serait réellement autre et, en même temps, qui reconnaîtrait le sujet. » (Arènes p 146). Ce nouage ou cette tension entre le Moi (« le narcissisme ») et le Toi (« l’objectal »), c’est bien toute la richesse du lien conjugal.

Si le thérapeute/écoutant investit idéalement, voire idéologiquement, le développement personnel au détriment du lien conjugal, s’il n’aide pas la personne qu’il écoute à poser les enjeux de la tension et prendre le temps de trouver sa propre réponse, alors il participe à un appauvrissement ou un dévoiement de la thérapie, de la même manière que s’il idéalisait le lien au détriment de l’émergence d’une parole propre du sujet. Ce qui parait ici un préalable déontologique, éthique, apparait dans la réalité de nombreuses situations thérapeutiques comme parfois peu pensé, peu élaboré. Ainsi, il est fréquent de repérer que tel conjoint a pu se dire être encouragé à la séparation, et cela émergera en thérapie de couple ou en conseil conjugal : « mon psy m’a dit que… »

En particulier, dans ces situations, toute dépendance, toute séduction, toute influence entre conjoints devient suspecte : l’individu aura tendance à se penser dépendant de l’autre et du « Nous » conjugal, et à ne pas comprendre que cette dépendance est inéluctable au lien conjugal ;  il, elle, pourra situer cette dépendance forcément comme une emprise ou main-mise de l’autre et comme une suspicion de perversion narcissique, et  se  verra alors confirmé.e et validé.e dans cette croyance par un thérapeute mal formé à la spécificité du couple, dans une désignation de l’autre coupable. Il faut, dans cette configuration-là, à tout prix s’affirmer, savoir dire non, s’émanciper, se séparer. La conflictualité elle-même, le conflit entre conjoints, devient parfois difficilement pensable, recouvert rapidement par le diagnostic alors inadapté de « violence conjugale ».

Il est donc nécessaire que le thérapeute, individuel, de couple, sache entendre la particularité du couple : système et relation d’appartenance pour les systémiciens, lien et Soi conjugal pour les psychanalystes, il est question d’un espace partagé et co-construit par les partenaires, alimenté par leurs histoires individuelles mais aussi par leurs idéaux et projets personnels et conjoints, avec toute la diversité des manières de « faire couple » aujourd’hui.

Si vous êtes psychologue, conseiller conjugal et familial, ou travailleur social confronté à l’intrication du conjugal et de la parentalité, et que vous souhaitez vous former à cette écoute spécifique, l’Institut Société et Famille ouvre un DU Approche Intégrative du Couple.

Cette formation théorico-clinique de 210 h sur deux ans vise à donner aux professionnels des cadres de pensée et des clés de compréhension sur la spécificité des liens et enjeux conjugaux et de leurs effets sur la parentalité pour :

- approcher et mieux comprendre la réalité conjugale et ses spécificités propres.

- proposer et élaborer des dispositifs d’accompagnement des couples ou familles.

- assurer des suivis longs de couple, ou autour du couple, et de la sexualité.

Bénédicte Berruyer-Lamoine

Psychologue clinicienne, psychanalyste, chargée d’enseignement ISF et IPER.

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Ressources

  • Bibliographie

    ARENES Jacques, La fabrique de l’intime. Le couple, le sexe et l’enfant. Ed du Cerf, 2017

    DE SINGLY François, Libres ensemble. L’individualisme dans la vie commune, Ed Armand Colin, 2005

    DE SINGLY François, Séparée, Vivre l’expérience de la rupture. Armand Colin, 2011

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