Séminaire : Une pensée métisse pour un monde en crise

Séminaire organisé par la Faculté de Psychologie-SHS de l’UCLy et l’ORSPERE-SAMDARRA (CH le VINATIER), autour de Jean FURTOS, psychiatre des hôpitaux honoraire, Directeur scientifique honoraire de l’ONSMP, Orspere-Samdarra et François LAPLANTINE, professeur émérite d’anthropologie, Université Lyon 2.

La mondialisation, au-delà de sa dimension financière etéconomique bien connue, révèle aujourd’hui de plus en plus une expérience qui est celle de la crise. La crise sanitaire, en particulier, avec la pandémie de la Covid, a exacerbé à l’évidence ses effets psychosociaux destructeurs et délétères. Nous observons un effondrement des valeurs qui donnent sens à la vie et confiance dans le futur ; il s’agit d’une forme « d’apocalypse cognitive » qui empêche de penser la vulnérabilité, le risque, la perte et la mort, avec une idée du déclin et de la catastrophe qui transforme les vivants en survivants.

L’idée qui émerge, pour la nouvelle année de ce séminaire, est que la pensée métisse, sans être pour autant un recours magique, peut nous permettre de penser la crise autrement, sans crispation identitaire ni effondrement du sens.

Il faut avoir l’audace de dépasser le métissage en tant que réalité biologique. La pensée métisse appréhendée dans ce séminaire dépasse la métaphore de tout phénomène d’hybridation. Elle n’est ni variante du syncrétisme ou de l’éclectisme, ni une juxtaposition de différences. Le métissage est un processus fragile de transformation de soi né de la rencontre des autres, révélateurs des potentialités qui sont les nôtres, non pas à être différent des autres, mais de nous-même dans le temps. Dans les questions indissociablement épistémologiques, cliniques, éthiques et politiques qu’il pose, le métissage nous invite à l’expérience d’une pensée du processus, alternative à la pensée binaire, celle du signe et de la catégorie qui oppose la raison et l’émotion, l’intelligible et le sensible, les idées et les images, le signifié et le signifiant, la santé et la maladie, l’autochtone et l’étranger, « l’Occident » et les constructions fantasmatiques d’un autre absolu.

La pensée métisse vise à mettre en question les tentations différentialistes opposant le dedans et le dehors, le pur et l’impur, le nous et les autres.

Entrer aujourd’hui en métissage, c’est entrer en résistance contre la subordination à l’un, l’unité par réduction des différences (d’âge, de genre, de culture, de territoire, de croyance, de goût), l’indifférenciation, l’indifférence, l’appel à un « centre » hégémonique versus des périphéries subalternes, la mondialisation comme occidentalisation et mercantilisation. Tenant compte de la violence de l’économie néo-libérale et des situations de vulnérabilité et de souffrance sociale et psychologique qu’elle génère, l’horizon est d’ouvrir un horizon de connaissance et d’action qui ne soit ni celui des modèles visant l’intégration totale par dissolution des singularités, ni celui préconisant le repli sur les origines.

Comment désintriquer l’universel – qui est l’un tendu vers l’autre – de l’universalisme et en particulier de l’universalisme dit « républicain », et nous affranchir du couple de l’universalisation et de la relativisation, de l’indifférenciation et de la séparation ? Comment dire l’universel non pas comme donné, posé, postulé, ni a fortiori imposé, non pas comme principe mais comme devenir et comme éthique ?

En ce sens, la pensée métisse peut nous aider à transformer l’idée catastrophique de la crise, du dérangement extrême, en un processus qui reste confiant dans la pensée et dans l’action, pour ne pas vivre en survivants.

Programme 2021-2022

Les mardis de 17h30 à 20h

  • 12 octobre : introduction au séminaire « La pensée métisse peut-elle penser la crise ? »
  • 9 novembre : « Le théâtre comme acte du dédoublement et pensée de la division : devenir un autre, jouer des rôles et déjouer le jeu social », François Laplantine
  • 14 décembre : « Pensées sur l’incertitude », Jean Furtos
  • 25 janvier : « Sorcellerie et processus à la créolisation dans l’invention de la société capverdienne », Pierre-Joseph Laurent, Anthropologue, Professeur ordinaire à l’Université catholique de Louvain, Membre de l’Académie Royale des Sciences de Belgique
  • 1er mars : « De la marche des zombies à la zombification des images », Mouloud Boukala, Anthropologue, Professeur à l’Ecole des médias, Université du Québec à Montréal
  • 29 mars : « Ethnopsychiatrie et interculturalité : quel usage, quel intérêt dans le monde d’aujourd’hui ? », Halima Zeroug-Vial, Psychiatre, directrice de l’Orspere-Samdarra, chef de service au CH le Vinatier
  • 12 avril : « Divers et variés, de l’architecture à l’urbanisme », Jean-Vincent Berlottier, architecte et urbaniste
  • 10 mai :« Les O’othams du Mexique et des Etats-Unis. L’ethnicité comme stratégie politique (pureté de sang et politiques raciales) interrogée par la pensée métisse », Karyn Galland, Anthropologue et artiste

Lieu

Campus Carnot - 23 place Carnot - 69002 Lyon
Salle Ozanam

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Contact

Sylvie Villevieille
Assistante de la Faculté de Psychologie-SHS

04 72 32 50 91
formationshs@univ-catholyon.fr