Sœur Helen Alford : pour une économie au service de l'humain

À l’occasion de sa rentrée solennelle du 15 octobre 2026, l’UCLy aura l’honneur d’accueillir une chercheuse au parcours aussi atypique que nécessaire.
Experte en éthique des affaires et économiste, Sœur Helen Alford est aujourd’hui Doyenne de l’Université Pontificale Saint-Thomas d’Aquin, mieux connue sous le nom de l’Angelicum. Elle a également été nommée Présidente de l’Académie Pontificale des sciences sociales par le Pape François.

Figure internationale de l’éthique économique, Sœur Helen Alford prononcera la leçon académique de la rentrée solennelle de l’UCLy le 15 octobre 2026

Une sœur dominicaine qui a travaillé dans l’industrie, avant d’obtenir un doctorat en ingénierie du management de Cambridge... A première vue, ça n’a rien d’ordinaire! Le parcours de Sœur Helen Alford est pourtant révélateur des évolutions de l’Église d'aujourd'hui. Dans un monde de plus en plus matérialiste, elle participe de la recherche continue d’une pensée sociale chrétienne en mouvement, capable de répondre sur le terrain aux défis de la société.

En travaillant sur l'éthique au sein même de l'entreprise, Helen Alford contribue notamment à redéfinir les relations de l’Église avec le monde économique et social. Ses recherches en management, nourries par sa carrière, visent à faire émerger des méthodes de transformation concrètes. Au cœur de ses priorités, on trouve la protection de l’environnement et de l’humain face à l’omnipuissance de la technologie.

« J’aime penser que nous essayons de repousser les frontières du bien commun, en opposition à une société de consommation et d’usage unique » explique-t-elle. « Nous savons que nous pouvons changer nos systèmes sociaux, que nous pouvons travailler ensemble pour un monde plus juste. Pour y arriver, nous devons aussi prêcher un Évangile incarné dans le monde, partager notre foi d’une manière pratique. »

Grâce à ses contributions académiques, Sr Helen Alford est devenue une voix influente de la pensée sociale de l’Église contemporaine. On retrouve l’empreinte de ses travaux dans les grandes transformations impulsées par le pape François et son successeur Léon XIV.

Deux encycliques pour penser l’avenir

Nommée à l’Angelicum par le Pape François, Helen Alford a notamment contribué à un projet cher à l’ancien pape : la fondation de l’économie de François. Ce mouvement mondial de jeunes vise à changer l’économie actuelle et à donner une âme à l’économie de demain. Il s'inspire de la pensée de Saint-François d’Assises et de son renouvellement des institutions de l’Église. Partant du constat que l’économie actuelle n'est pas conçue pour servir la dignité de chaque personne humaine et le bien commun, ces jeunes décideurs veulent en faire un levier pour exercer la justice sociale et faire place à la fraternité. Comme l'avait souhaité le pape dans son encyclique Laudato Si en 2015, l'économie de François place la connexion entre économie et écologie au cœur de sa philosophie. En liant développement économique et responsabilité environnementale, cette fondation veut répondre aux besoins de la Terre et des plus pauvres.

« Je dirais que nous vivons une double crise : sociale et environnementale » explique Helen Alford dans une interview. « Elles exigent de remettre la notion de bien commun au cœur de notre action. Il faut rappeler que nous ne sommes pas seulement des individus avec nos buts individuels. Nous bâtissons fondamentalement notre société ensemble. »

Laudato Si

Encyclique emblématique du Pape François, Laudato Si a été publiée en 2015. Elle est considérée comme l’un des documents les plus importants pour l’Église depuis le concile Vatican II.

Consacrée à l’importance de la lutte contre le changement climatique, l’encyclique exhorte à la sauvegarde de la « maison commune » tout en dénonçant les dérives du consumérisme à outrance. Adressée non seulement aux fidèles catholiques, mais aussi à « tous ceux qui habitent sur cette planète », le texte a eu un profond effet sur les grands rendez-vous climatiques l’ayant suivi comme les Accords de Paris.

Plus récemment, une deuxième encyclique papale a fait grand bruit. Magnifica Humanitas du Pape Léon XIV a placé l’Église catholique au cœur de la réflexion mondiale sur le développement débridé de l’intelligence artificielle. Comme l'observe le pape, l'IA est capable d'innovations merveilleuses au quotidien... Mais aussi susceptible de remplacer certaines activités humaines et de bouleverser profondément notre rapport au travail.

Là encore, en s’interrogeant sur le rôle et la nature du développement technologique, le travail de Sœur Helen Alford illumine une pensée sociale chrétienne compatible avec la modernité. Loin des discours faisant de l'IA une force inévitable, elle appelle la société à en garder le contrôle. « La technologie n’est pas la science » rappelle-t-elle dans une interview. « La science est quelque chose que nous découvrons, elle concerne les principes et les lois de la nature. La technologie, comme la culture, est quelque chose que nous créons et dont nous avons le contrôle ! »

Magnifica Humanitas

La protection de la personne à l’ère de l’intelligence artificielle. Tout un programme, et une encyclique qui a marqué le début du pontificat de Léon XIV.

Le pape y adopte une position ferme sur le rôle de l’intelligence artificielle dans notre société, s’inquiétant notamment de la soumission de l’humain à la technologie comme une nouvelle forme d’esclavage. Son appel à « désarmer » l’intelligence artificielle a résonné loin au-delà de l’Église, en observant que le développement actuel des nouvelles technologies relève d’une culture du pouvoir et de la domination plutôt que de la fraternité et l’humanité.

Selon la chercheuse, l’émergence de l’intelligence artificielle met nos sociétés face à un choix crucial. Non pas celui d’un « arrêt » de l’IA, un impossible retour en arrière, mais celui du rôle fondamental du développement. Dans ses travaux, elle s'oppose deux modèles du développement technologique. Le premier serait « technocentrique », un monde dans lequel la machine occupe la place centrale, contraignant la société à s’y adapter. Elle préfère imaginer un modèle technologique centré sur l'humain. La technologie devient alors une force mise au service de vies « plus riches, plus épanouissantes ».

En construisant les méthodes pratiques qui peuvent nous mener à un développement technologique collaboratif au service de la société, le travail de Sr Helen Alford est une ressource pour tous ceux qui souhaitent penser un avenir humaniste.

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