Il y a 150 ans : les premiers cours de droit à Lyon
Nous sommes le jeudi 25 novembre 1875. Ils ne sont que quelques dizaines d’étudiants, rassemblés dans une salle de classe vite improvisée dans un petit bâtiment de la place Saint-Michel à Lyon. Ce cours, guère magistral, marque le début de l’aventure de la Faculté de Droit de l’UCLy. Plongeons-nous dans cette époque de grandes transformations politiques, sociales et éducatives, aux origines de l’université que nous connaissons aujourd’hui !
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mise à jour le 15 janvier 2026
UCLy
Deux facultés, un même anniversaire : aux origines de l'enseignement du droit à Lyon
Les 150 ans de l’UCLy, ce sont aussi les 150 ans de sa Faculté de Droit… Et les 150 ans de la Faculté de Droit de l’université Lyon 3. Et pour cause ! Créés à seulement 10 jours d'écart, sur fond de rivalités politiques de la Troisième République, l’Histoire de ces deux établissements est intimement liée. En plongeant dans les archives de l’époque, Myriam Biscay, maître de conférences de l’Université Lyon 3 et Emmanuel de Vaujany, maître de conférences de l’UCLy, ont étudié les raisons et les enjeux de cet anniversaire commun.
1875 : la course pour le droit !
Impossible de comprendre la fondation des facultés de Droit lyonnaises, publiques et privées, sans se replonger dans la naissance de la Troisième République. Né de la défaite de 1870 face à la Prusse, le jeune régime est alors tiraillé entre les influences de républicains souvent très anti-cléricaux, et des catholiques conservateurs, nostalgiques de la monarchie. L’éducation des jeunes Français pour l’avenir, et l’écriture des lois qui définiront la République, sont au cœur de leurs combats… Les facultés de droit sont donc des arènes d’influence cruciales !
Mais pourquoi Lyon n'avait-elle pas de Fac' de Droit ?
Avant 1875, la ville de Lyon n’avait jamais obtenu de Faculté de Droit… Mais pourquoi, alors que des villes plus petites comme Grenoble en avait une ? « Sous l’Ancien Régime, la principale raison évoquée est que Lyon n’est pas dotée d’un Parlement » explique Myriam Biscay. « Elle n’est pas censée avoir besoin de juristes ! »
Après la Révolution, et la création de la Cour d’Appel de Lyon, l’argument ne tient plus… Il faudra pourtant attendre près d’un siècle de plus pour voir des facultés de Droit créées à Lyon. « Selon Paris, l’aspect commercial et industriel de la ville pourrait corrompre les juristes » ajoute Myriam Biscay. « Il y avait aussi une certaine méfiance sur le fait de voir cohabiter les ouvriers lyonnais avec des étudiants, et de voir émerger de ces échanges un risque de contestation… »
Au XIXè siècle, l’enseignement supérieur est la prérogative traditionnelle de l’État. Mais en 1875, après des années de batailles acharnées, l’heure est au compromis. « Désormais, la démocratie ne peut plus être écartée » explique Emmanuel de Vaujany, « on entre donc dans une république dualiste. » C’est l’année d’écriture des grandes lois de la République, qui lui donneront sa forme unique : une lecture républicaine du gouvernement, mais des mécanismes hérités de la monarchie constitutionnelle. De quoi apaiser les deux camps, sans les satisfaire.
Dans l’enseignement supérieur, cette fièvre législative donne naissance à la loi Laboulaye du 12 juillet 1875. Votée sous l’impulsion de parlementaires catholiques, elle permet la création d’universités privées. Très vite, des juristes lyonnais s’emparent de cette opportunité et commencent dès l’été à plancher sur la création de la Faculté Catholique de Droit. En réaction, des juristes républicains et anti-cléricaux, craignant de voir l’enseignement du Droit à Lyon devenir une chasse gardée ultraconservatrice, lancent leur propre projet. « Il y a eu un effet miroir » explique Myriam Biscay. « Sans la création de la Faculté Catholique il n’y aurait pas eu de Faculté d’État. »
Des débuts mouvementés
Ironie de l’Histoire, c’est la Faculté d’État, pourtant fondée plus tard, qui prend une courte avance ! Son premier cours a lieu dix jours seulement avant celui de la Faculté Catholique.
Mais pour les fondateurs de la Faculté Catholique, le travail ne s’arrête pas là ! Leur objectif n’est pas seulement la création d’une Faculté de Droit, mais d’une véritable université catholique. Ce statut leur permettrait de présenter les étudiants aux jurys mixtes, présidés par les professeurs des universités publiques, pour l’obtention de diplômes d’État. Pour y arriver, il faut trois facultés catholiques et les pères fondateurs s'attèlent vite à étendre leur enseignement à de nouvelles disciplines. La Faculté de Lettres et la Faculté de Sciences sont créées dès 1877. Une Faculté de Médecine est envisagée et des pourparlers sont ouverts avec l’hôpital Saint-Luc, mais reportés faute de financement… Jamais véritablement abandonné, jamais véritablement repris, ce projet n’a jusqu’à aujourd’hui jamais vu le jour. Malgré tout, durant ce temps, le nombre d’étudiants augmente rapidement : de 73 étudiants à la fondation de la Faculté en 1875, il atteint 163 en 1880.
« Les catholiques souhaitaient la possibilité de délivrer des diplômes, qui sont aussi des titres professionnels » explique Emmanuel de Vaujany. « Les jurys mixtes sont une solution de compromis, composés pour moitié de professeurs d’État et d’une moitié de professeurs d’universités catholiques. »
1875 : Déjà le stress des exams
Dès sa naissance, la Faculté de Droit surveille attentivement ses taux de réussite lors des épreuves de Droit devant les fameux jurys mixtes. Pour le jeune établissement, il en va de sa survie ! Pas question d’être à la traîne, avec un enseignement de moins bonne qualité que celui de la Faculté publique.
En 1875, la Faculté de Droit présente 14 étudiants devant le jury de Lyon, réputé difficile, et 38 devant celui de Grenoble. Au total, 35 candidats sont reçus, soit 67 % de réussite, un résultat jugé dans la moyenne… de justesse.
Pas suffisant, en tout cas, car déjà la presse locale scrute les résultats ! Dès l’annonce des résultats, le Doyen annonce un programme pour rehausser le niveau des étudiants. Dans les années qui suivent, la Faculté de Droit crée des postes de Maîtres de Conférences, adopte la présence obligatoire en cours, et organise des examens blancs pour mieux préparer les étudiants.
Public - privé : après la rivalité, travailler ensemble
Entre les facultés catholiques et publiques, l’heure du compromis sur un pied d’égalité ne durera pas. Dès 1880, l’Assemblée nationale s’affirme comme très républicaine et anti-cléricale, en particulier dans le monde de l’enseignement supérieur. Comme l’explique Emmanuel de Vaujany, « la République s’affirme, le temps n’est plus du tout au compromis ! »
En 1880, les fameux jurys mixtes sont supprimés, et les établissements privés ont l’interdiction de prendre le nom d’université… Après tous les efforts consentis pour créer trois facultés, le coup est rude ! Dès l’année suivante, les facultés catholiques passent de 160 étudiants à seulement 70, moins que l’année de leur création. Les salles de classe sont désertées, car les parents s’inquiètent d’inscrire leurs enfants dans des établissements sans diplômes reconnus.
« Cependant, nous n’avons pas fait naufrage, nos facultés sont mutilées, mais habiles » note un journaliste de l’époque. « Cette adaptabilité, on la retrouve à différents moments de l’Histoire de la Faculté catholique de Droit, notamment pendant la Grande Guerre où elle perd de nombreux étudiants et enseignants mais parvient néanmoins à poursuivre ses activités » note Emmanuel de Vaujany.
En effet, sous l’impulsion du Pape Léon XIII, les facultés françaises choisissent de travailler avec l’État plutôt que contre lui. Une logique qui préside toujours à la stratégie des établissements catholiques, qui travaillent constamment avec les universités publiques pour la création de nouvelles filières. Versatiles, les facultés catholiques se cherchent aussi de nouveaux publics, exclus des filières traditionnelles... Comme les femmes, encore très minoritaires dans l'enseignement supérieur. L'UCLy accueille ainsi sa première étudiante dès 1916.
Avec cette nouvelle dynamique, l’enseignement catholique s’éloigne des courants ultraconservateurs et s’adapte avec pragmatisme aux besoins de la société. Cette grande réorientation est celle qui donne véritablement naissance à l’UCLy d’aujourd’hui, portée par les valeurs d’ouverture et de solidarité de l’humanisme chrétien.
Les 150 ans de l'UCLy
Pour l’UCLy, l’année académique 2025-2026 est un moment de mémoire, mais aussi d’innovation. En 150 ans, l’UCLy s’est imposée comme un acteur majeur du paysage académique lyonnais et prouvé l’efficacité d’une recette unique conjuguant excellence académique, accompagnement de proximité et approche pluridisciplinaire au cœur de la formation. L’UCLy regarde encore et toujours vers l’avenir avec pour objectif de mêler innovation et fidélité à sa tradition humaniste, de continuer à marier sciences et humanités.
Les Recteurs des 5 universités catholiques françaises étaient à Rome du 27 octobre au 2 novembre, à l’occasion du Jubilé du monde éducatif qui s’est tenu en présence du pape Léon XIV. A l’occasion des 150 ans des universités catholiques françaises, le pape s’est exprimé au travers d’une lettre, rappelant l’importance et la spécificité des universités catholiques dans le monde de l’enseignement supérieur français et leur accordant la Bénédiction Apostolique
Fondée en 1875, l’Université Catholique de Lyon fête ses 150 ans pendant l’année académique 2025/2026 ! Ouverte sur le monde et particulièrement attentive aux évolutions de la société, l’UCLy n’a jamais cessé de grandir, créant de nouvelles formations et de nouveaux programmes de recherche croisant compétences scientifiques et humanisme.