Prérequis pour le cours
Aucun.
Objectifs
L’objectif de ce cours est double : il s’agit d’abord, à partir d’une question spécifique, d’aborder un large choix de textes pour donner aux étudiantes et aux étudiantes une culture littéraire vaste et précise à la fois. L’enjeu est donc d’abord d’acquérir des connaissances littéraires rigoureuses et des compétences théoriques sur l’écriture littéraire (narration, description, personnage, expression de l’émotion…). Mais le cours a aussi pour objectif, à partir de la mise en évidence de procédés littéraires, de donner les moyens de mettre en œuvre ces techniques dans l’écriture même. Le cours se fixe ainsi également comme ambition de familiariser les étudiantes et les étudiants avec des pratiques d’écriture. Pour ce faire, le cours s’organisera en deux temps, un premier temps d’analyse théorique suivie d’une application pratique et dirigée. Le cours articulera un premier moment d’analyse littéraire, arrimé à un corpus de textes dont il s’agira de repérer les enjeux et les procédés, à une seconde étape, pratique, de mise en exercice des enjeux littéraires étudiés au préalable.
Contenu
La littérature face à la mort
Comment la littérature peut-elle permettre d’affronter la mort ? La lecture apaise souvent trop peu ceux qui la craignent ou qui restent alors que les êtres aimés ne sont plus : dans ces circonstances, ils ressentent parfois une forme de dégoût à l’égard de la littérature. Ce motif est si présent qu’il constitue un véritable topos littéraire – la scène de dégoût face aux livres – qui traduit une profonde crise intérieure au moment où le personnage interroge le pouvoir de la littérature et celui de la culture.
On s’intéressera également ici à la manière dont l’écriture fait de la mort une expérience-limite. La mort oblige en effet à mettre la langue à l’épreuve, mais c’est sans doute plus encore le deuil qui interroge les limites de la littérature : si la langue littéraire ne peut ni dire la mort, ni traduire l’intensité de la souffrance ni la communiquer à autrui, alors à quoi sert encore le texte littéraire ? On réfléchira au rapport consubstantiel entre deuil, mélancolie et littérature à partir de l’examen rigoureux de la manière dont les écrivains ont appréhendé la mort comme événement métaphysique et religieux (« le sermon sur la mort » de Bossuet), comme expérience initiatique (la descente aux Enfers ou catabase), comment ils ont envisagé leur propre mort (Montaigne, Chateaubriand), comment est construit par la fiction le personnage de l’endeuillé (Charles Bovary après la mort d’Emma, Marcel après la disparition d’Albertine…), comment sont mises en scène de manière codifiée les ultimes paroles d’une mourante (les ultima verba de Madame de Chartres, de Roxane…) etc.
Autant de gestes littéraires dont on cherchera l’unité à travers la variété des formes mises en œuvre au cours de l’histoire littéraire. L’esthétique de ce geste littéraire qu’est l’appréhension de la mort prendra au cours de chaque séance deux formes : l’étude littéraire classique d’une poétique littéraire de la mort, et ensuite la mise en écriture par chaque étudiant de ces procédés. A partir d’une étude stylistique et plus généralement de procédés littéraires et des genres profondément liés à la mort et au deuil (déploration et consolation, tombeau, épitaphe, thrène, oraison funèbre, élégie et élégiaque…), il s’agira de mettre en évidence la manière dont le geste littéraire affronte l’indicible de la mort et du deuil : cette gageure est ainsi indissociable d’une dimension métalittéraire sur les capacités mimétiques et référentielles de la pratique littéraire, mais aussi sur son pouvoir à dire et transmettre une large gamme d’affects. On croisera alors nécessairement, à partir de Pétrarque et de Laure, la notion de lyrisme, dont l’élégie a fait la clé de voûte pour rendre compte de la souffrance de celui qui reste après la mort de l’aimée. Pourtant, à partir d’un de l’étude du recueil de deuil de Jacques Roubaud, Quelque chose noir (1986), on verra comment ce sont précisément tous les procédés du lyrisme et de l’élégie classique qui sont refusés. On cherchera ainsi à mettre en évidence la tension entre esthétisation de la représentation de la mort et refus de cette même esthétisation.
Enfin, on élargira la réflexion à des deuils littéraires qui déplorent la disparition non plus d’une personne mais d’une communauté, d’un monde révolu, des formes de vie disparues, ou le cas extrême où, dans un geste radical, un écrivain dit adieu à la littérature.
CORPUS
- ROUBAUD, Jacques Quelque chose noir, Paris : Gallimard, collection « Blanche », 1986.
Les autres extraits seront distribués en cours.
Références bibliographiques
- Fins de la littérature, esthétiques de la fin, Tome 1, Dominique Viart et Laurent Demanze dir., Paris : Armand Colin, 2012.
- COMPAGNON, Antoine, La Vie derrière soi. Fins de la littérature, Paris : Gallimard, « Folio Essais », 2023.
- MARX, William, L’Adieu à la littérature, Paris : Minuit, 2005.
- DE TOLEDO, Camille, L’Internationale des rivières, Lagrasse : Verdier, 2026.
- CAGNAT, Constance, La Mort classique. Écrire la mort dans la littérature française en prose de la seconde moitié du XVIIe siècle, Paris : Honoré Champion, 1995.
Méthodes d'évaluation
Au moins un contrôle continu durant le semestre, et une évaluation terminale pendant la session d’examens.
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