Le catholicisme social : une tradition toujours vivante
À l’occasion des 150 ans de l’UCLy, la Faculté de Théologie a consacré un colloque au catholicisme social et à son actualité.
Religions Philosophie Théologie
mise à jour le 3 avril 2026
UCLy
Un colloque pour revisiter une tradition engagée
En 1875, l’Université catholique de Lyon a été fondée par des personnalités qui souhaitaient ancrer le catholicisme dans les réalités sociales de leur temps. À l’occasion de cette année anniversaire, la Faculté de théologie a organisé, les 12 et 13 mars 2026, un colloque consacré au christianisme social.
Les intervenants, chercheurs et enseignants, ont choisi de relire l’histoire et les fondements de cette tradition intellectuelle et spirituelle, tout en interrogeant sa pertinence face aux défis contemporains. Deux conférences gratuites et ouvertes à tous ont également été proposées en soirée, pour approfondir les enjeux liés à l’intelligence artificielle et à l’œcuménisme (*). En partenariat avec la Chaire Jean Rodhain, la Faculté de philosophie de l’UCLy et la rencontre nationale des Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens (EDC), cet événement a rassemblé plus de 200 participants.
Aux racines du catholicisme social
« Le but de ce colloque était de s’inscrire dans une histoire qui dépasse largement les 150 dernières années », explique Jacques-Benoît Rauscher, enseignant-chercheur à la Faculté de théologie de l’UCLy.
Ces journées ont permis de creuser les racines bibliques, patristiques et scolastiques de la pensée sociale chrétienne. Elles ont également mis en lumière le rôle joué par des chrétiens, à travers les siècles, pour porter les questions sociales dans des contextes toujours renouvelés.
Le colloque a aussi permis de souligner la singularité de Lyon à cet égard. Ville christianisée dès les premiers siècles, elle s’est trouvée aux avant-postes d’une réflexion et d’une action chrétiennes sur les enjeux de société, notamment au début de la Révolution industrielle au XIXe siècle.
Cette approche large a permis à des spécialistes de disciplines théologiques, philosophiques et historiques de croiser leurs regards. Cet apport d’une tradition établie offre une base solide pour penser les grands défis contemporains.
Une pensée pour éclairer les défis contemporains
Deux enjeux ont émergé. Le premier concerne l’intelligence artificielle, qui a fait l’objet d’une table ronde plébiscitée par le public.
Annoncée comme le thème de la prochaine encyclique du pape Léon XIV, elle soulève des questions inédites… Les intervenants ont ainsi mis en évidence les défis qu’elle pose à la pensée sociale chrétienne, mais aussi les atouts dont dispose cette dernière pour y répondre.
Le second enjeu porte sur le statut du discours théologique et sur sa capacité à éclairer, à partir de la pensée chrétienne, des questions telles que la place des femmes, l’organisation des structures sociales ou encore l’apport des autres confessions chrétiennes (orthodoxes, protestantes, ainsi que les Églises pentecôtistes dites « du réveil »).
Enfin, des acteurs de terrain lyonnais (Prado, Secours Catholique, Semaines sociales de France, SAPPEL…) ont pu s’exprimer et se faire l’écho des situations qu’ils rencontrent pour conforter et interpeller la pensée sociale.
Leur présence a rappelé la vocation d’une institution comme l’UCLy : croiser les disciplines, nourrir la réflexion et se mettre au service de la société, en particulier des plus vulnérables.
Ce colloque a ainsi souligné l’importance d’une approche pluridisciplinaire des grands enjeux de société, dans laquelle la théologie a pleinement sa place, en dialogue avec d’autres disciplines.
En ouverture du colloque, le recteur de l’UCLy, le père Grégory Woimbée, a rappelé que la doctrine sociale ne peut être considérée comme un ensemble de principes figés, mais qu’elle doit s’inscrire dans une démarche résolument tournée vers l’avenir et attentive aux réalités contemporaines. « Elle doit pouvoir influencer les politiques publiques, encourager les expérimentations sociales, provoquer la société en lui montrant les enjeux et les défis sociaux ». Il a également souligné l’importance d’une plus large diffusion de cette pensée : « Plutôt que de rester le secret le mieux gardé de l’Église, la doctrine sociale doit devenir son secret le plus partagé ».
(*) Œcuménisme : mouvement spirituel interconfessionnel visant à rassembler tous les chrétiens en une seule Église, en dépit de leurs différences doctrinales.