Une victoire au Festival U-Art 2025 !

L'édition 2025 du Festival U-Art a donné lieu à d'incroyables créations, réalisées sur des supports variés, de la photographie au cinéma, en passant par la musique et le dessin.

Une œuvre qui interroge le regard des autres

À l'issue de cette compétition, deux lauréats ont été récompensés, dont Fatemeh Hassandoustarbokelayeh, étudiante à l'ILCF. Grâce à son court-métrage « Tu vois tout sauf moi », Fatemeh a remporté le premier prix de la catégorie des œuvres hybrides.

Fatemeh, étudiante iranienne arrivée en France il y a huit mois pour suivre une formation à l'ILCF, démontre que son œuvre dépasse les frontières culturelles et linguistiques et trouve un écho auprès de chacun. Découvrez ci-dessous son témoignage et entrez dans l’univers sensible et singulier de cette artiste.

Pouvez-vous me parler un peu de votre projet présenté au festival U-art ? De quoi s'agit-il ?

Mon projet est à l’origine une vidéo d’environ 30 minutes, que j’avais déjà présentée en Iran. Pour le Festival U-art, j’ai adapté ce projet en une version de 5 minutes. Il s’agit d’une vidéo que j’ai filmée moi-même, lors d’une séance où je posais comme modèle pour un cours de peinture.

De la première seconde jusqu'à la deuxième minute, chaque seconde révèle un nouveau pixel du corps, symbolisant les transformations infimes de notre personnalité, souvent invisibles pour les autres. À partir de la deuxième minute, le nombre de pixels augmente progressivement. Cela symbolise le fait que lorsqu’on entame un processus de transformation, il est souvent lent et hésitant au début, mais devient ensuite plus visible et affirmé. Pour l’observateur, ces changements soudains peuvent ressembler à une détérioration, car ils contrastent avec l’image qu’il avait de nous. Pourtant, l’image finale est beaucoup plus proche de mon vrai moi.

Quelle a été votre source d'inspiration ?

Le projet est né de mon expérience personnelle. Dans la vie, le changement est nécessaire pour évoluer, mais il peut aussi nous éloigner de certaines personnes, attachées à l'image qu'elles se faisaient de nous. Dans son ouvrage L’Être et le Néant, Jean-Paul Sartre développe le concept du regard de l’autre comme un mécanisme limitant l’existence humaine. Dès que nous sommes regardés, nous cessons d’être des sujets libres pour devenir des objets, des images construites par autrui. Cela provoque une forme d’aliénation et fige notre identité dans un cadre rigide. Le projet Tu vois tout sauf moi met en lumière cette tension : la personne change de l’intérieur, mais les autres continuent à voir une version ancienne d’elle.
Dans ce contexte, le regard extérieur devient une sorte de prison invisible qui empêche la reconnaissance du soi véritable. Ce décalage entre le « soi vécu » et le « soi perçu » fait écho à une question essentielle de Sartre. Sommes-nous ce que nous devenons intérieurement ou ce que les autres veulent que nous restions ?

Combien de temps vous a-t-il fallu pour filmer et monter ce projet ?

Comme je l’ai mentionné, la vidéo a été réalisée à partir d’une séance où je posais comme modèle pour un cours de peinture. J’ai ensuite filmé pendant environ deux heures. C’était un processus très complexe. Pour le réaliser, j’ai été accompagnée par plusieurs monteurs, et le film final comporte 729 calques réalisés avec Adobe After Effects.

Vous avez remporté le premier prix du Festival U-Art. Qu'avez-vous ressenti en apprenant la nouvelle ?

J’ai été très surprise. C’était un véritable honneur pour moi de recevoir ce prix. Je remercie toutes les personnes qui ont soutenu ce projet. C’est très motivant de voir son travail reconnu. Je tiens également à remercier l’UCLy et l’ILCF pour leur accueil et leur soutien depuis mon arrivée en France. Cette expérience m’a permis de poursuivre mon parcours artistique tout en découvrant une nouvelle culture.

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