Jessica Humbert soutiendra sa thèse de philosophie le vendredi 16 octobre 2026, de 14h à 18h, en salle Ozanam K026.
Directrice de thèse : Christine Bouvier-Müh
Jury de thèse :
- Pascal Marin, Président du jury, professeur de philosophie de l’Université catholique de Lyon
- Pascal David, Maître de conférences en philosophie de l’Université catholique de Lyon
- Patrick Martin-Mattera, Psychanalyste et psychologue clinicien, professeur émérite de psychologie clinique et de psychopathologie de l’université catholique de l’ouest
- Catherine Denis, Médecin, maîtresse de conférences en théologie morale de l’Université catholique de Lyon
Résumé de la thèse
Afin de répondre à la question de savoir ce que signifie devenir un sujet dans le contexte des sociétés de masse occidentales contemporaines, notre recherche met en œuvre une lecture croisée de deux auteurs issus d’un contexte commun, celui de la France d’après les Guerres Mondiales : Gabriel Marcel (1889-1973), philosophe, dramaturge et musicien et Jacques Lacan (1901-1973), psychiatre et psychanalyste.
Nous faisons le constat d’un contexte social actuel tendant à « inter-dire » la subjectivité, c’est-à-dire à refouler la condition incarnée et parlante de l’humain. Prenant appui sur un corpus relevant, outre la philosophie et la psychanalyse contemporaines, de la sociologie, nous démontrons que l’utilisation désormais massive et normalisée des nouvelles technologies (smartphones, réseaux sociaux, « intelligences » artificielles…) conduit les individus à se méprendre sur leur humanité elle-même : l’éprouver du corps, du temps, de l’espace et de la relation tendent à s’abstraire de l’expérience concrète. Tantôt réduit à un savoir objectif ou à de simples sensations singulières, c’est paradoxalement le réel de l’existence lui-même qui est ainsi collectivement dénié, non sans effets à l’échelle de la personne.
Visant tout particulièrement à nourrir l’anthropologie de l’éducation, notre thèse démontre que le devenir sujet est un cheminement unique, par lequel la relation entre l’enfant et les adultes permet une inscription symbolique dans une communauté. L’acte éducatif, prototypique des relations humaines, est essentiellement une parole adressée à l’enfant en devenir sujet : elle ne saurait éluder la dimension affective et inconsciente de l’expérience humaine, que tout sujet humain a à traverser et à éprouver par et pour lui-même, seul sans pour autant être isolé. C’est ainsi qu’il en viendra à « ex-sister » dans et par la parole et le lien à l’Autre. A l’inverse, lorsque la relation éducative répète et reproduit les injonctions d’un contexte social standardisant, rivé sur la production d’effets manifestement « positifs » sur l’humain, c’est non seulement le devenir sujet mais également - et indissociablement - la possibilité pour les sujets de faire monde commun qui sont compromis.


