Mandataire judiciaire à la protection des majeurs, le témoignage d'un ancien étudiant

1. Pouvez-vous vous présenter brièvement ?

Je m’appelle Sullivan DEFOSSEZ. Je suis juriste de formation et j’exerce le métier de mandataire judiciaire à la protection des majeurs dans une association tutélaire. J’ai toujours eu un intérêt pour le droit et les questions de justice. J’aime aussi le contact avec les personnes. Ce métier me permet de réunir les deux.

2. Comment avez-vous construit votre projet professionnel ? Quel a été votre parcours jusqu’ici ?

Mon parcours s’est construit au fil de mes expériences et des rencontres. J’ai dirigé pendant plusieurs années une structure d’aide à domicile. J’ai ainsi pu travailler auprès de personnes en situation de vulnérabilité, de leurs familles et des professionnels qui les accompagnent.

En parallèle, j’ai poursuivi mes études de droit jusqu’à l’obtention d’un master en droits de l’enfant et des personnes vulnérables. Avec le temps, j’ai souhaité m’orienter vers un métier qui me permettrait de mettre le droit au service des personnes et de les accompagner dans leur quotidien. D’où le fait d’être Mandataire judiciaire à la protection des majeurs.

3. À quoi ressemble une journée type de votre quotidien de mandataire judiciaire à la protection des majeurs ?

Il n’y a pas vraiment de journée type. Nos journées se partagent entre les visites, les échanges avec les personnes protégées, les démarches administratives, la gestion des budgets et les relations avec les partenaires. Il faut aussi préparer des requêtes au juge, suivre les dossiers et répondre aux situations qui se présentent.

Mais une partie de notre métier consiste surtout à écouter, à expliquer et à accompagner. Nous ne sommes pas là pour sanctionner. Nous devons aider les personnes à comprendre leur mesure de protection, leurs droits et les démarches que nous réalisons avec elles (curatelle) ou pour elles (tutelle).

Chaque personne a son histoire, ses habitudes et ses attentes. Nous devons en tenir compte.

4. Pouvez-vous nous raconter un souvenir marquant de votre carrière ?

Je pense à une dame qui vivait en EHPAD. Elle n’arrivait plus à communiquer avec sa famille. Lors d’une visite, je me suis aperçu que son téléphone ne fonctionnait plus. J’ai donc pu lui en commander un qu’elle pourrait utiliser.Je suis retourné la voir pour le paramétrer et lui montrer comment passer des appels en visio.

Elle a tout de suite appelé ses petits-enfants, qui habitaient loin. Quand elle les a vus apparaître à l’écran, elle s’est mise à pleurer de joie. Ce moment m’a marqué. Finalement, il s’agissait simplement de lui permettre d’utiliser un téléphone. Mais pour elle, c’était retrouver le contact avec ses petits-enfants. C’est aussi cela, notre métier.

5. À votre sens, quelles sont les trois qualités qu’il faut posséder pour être mandataire judiciaire à la protection des majeurs ?

Je dirais l’écoute, la pédagogie et le discernement. L’écoute, pour comprendre la personne, ses souhaits et ses difficultés, sans jugement.

La pédagogie, pour expliquer notre rôle, les démarches et les droits de la personne. Il faut prendre le temps de se faire comprendre et d’accepter qu’une personne puisse refuser notre aide.

Le discernement, pour savoir comment intervenir tout en respectant les choix et l’autonomie de la personne.

Je pense aussi qu’il n’existe pas de mandataire type. Nous avons chacun et chacune notre parcours, notre sensibilité et nos valeurs. Nous pouvons tous apporter quelque chose dans notre façon d’accompagner les personnes, tout en respectant le cadre de notre mission.

6. Pour conclure, en quoi le métier que vous exercez est-il un beau métier ?

Pour moi, c’est avant tout un métier tourné vers l’autre. Nous ne sommes pas là pour juger ou sanctionner. Nous sommes là pour accompagner, expliquer et conseiller. Ce qui me tient à cœur, c’est de garantir l’effectivité des droits des personnes protégées. Il ne suffit pas qu’un droit existe dans les textes. Il faut aussi que la personne puisse en bénéficier.

Institut Société & Famille salle de classe avec intervention d'une enseignante

Fondé en 1974 par la juriste Emma Gounot, l’Institut Société & Famille est le seul institut français universitaire et pluridisciplinaire sur la famille.