XIX-1 - Scandaleux Judas (2014)

Revue des Facultés de Théologie et de Philosophie

Présentation du premier volume du 19ème tome de la revue Théophilyon

L’actualité éditoriale conduit la Rédaction à choisir, pour cette première livraison de 2014, la figure de Judas ; en effet, en 2006 est parue la traduction d’un texte gnostique, l’Évangile de Judas, présenté comme une réhabilitation : Judas serait le seul ayant compris Jésus et la nécessité qu’il meure pour le salut de tous ; en trahissant le Maître, il aurait accompli son devoir de fidélité.  

Les traîtres répulsent et attirent : la figure de l’infidélité apparaît plus fascinante que son contraire car elle ne cesse d’interroger sur la complexité des attachements humains et leur retournement. Sans doute est-ce là ce qui explique l’abondante littérature, hors de la sphère spécifiquement théologique, autour de Judas Iscariote, ce personnage au rôle aussi discret que, paradoxalement, clef de la trame narrative des évangiles. Mais, plus profondément sans doute, son désespoir pose de manière aigüe le paradoxe de l’ombre portée à la puissance de la Joyeuse Nouvelle 

Bernard Barc nous introduit à l’Évangile de Judas à partir de ces débats qui ont entouré sa récente publication. Sa lecture de ce dit "évangile" vient contester la thèse qu'une réhabilitation de Judas serait à l'œuvre dans ce texte. Jacques Descreux propose un retour au personnage tel qu’il apparaît dans Matthieu, Marc et Luc et montre comment ces trois portraits s’inscrivent dans le projet théologique et ecclésiologique de chacun des évangiles synoptiques. Mais pour autant l'énigme de Judas demeure encore entière. Elle nous adresse une question radicale, celle du retranchement d’un être humain de la communauté des vivants. Jean-Marie Gueullette nous invite à mieux comprendre la solitude dans laquelle se retranche le désespéré et par laquelle il se coupe de  toute relation, y compris d'avec Dieu. Enfin, Dominique Cerbelaud traverse dix-sept œuvres littéraires francophones du vingtième siècle pour y retrouver un commun souci de réhabilitation, lequel ne laisse pas d’interroger le théologien : « Pourquoi en effet celui qui a été l’instrument de notre Salut devrait-il être damné ? » 

Les Chroniques régionales nous donnent à lire la conférence de rentrée des Facultés de Philosophie et de Théologie, prononcée cette année par Olivier Boulnois. Il nous invite  à une réflexion philosophique sur l’histoire de la théologie. 

Les Notes Bibliographiques présentent deux chroniques : Isabelle Chareire retrace quinze ans d’actualité autour de la question de la grâce ; Paul Mattei présente et débat amicalement avec un recueil d’articles d’Alexandre et Cécile Faivre sur le christianisme primitif à propos de questions d’histoire qui ne sont pas sans actualité. 

Les recensions et la liste des publications des enseignantes et  des enseignants de nos deux Facultés complètent ces Notes. 

Résumés des articles

Philosophie contemporaine et christianisme

De l’enfer au paradis : Judas dans la littérature francophone du XXe siècle

La littérature francophone du XXe siècle et du début du XXIe offre un certain nombre d'œuvres (romans et pièces de théâtres notamment) centrées sur la figure de Judas l'Iscariote, le disciple qui selon les évangiles a « livré » Jésus. Si la tradition chrétienne a toujours eu tendance à « noircir » ce personnage, les dix-sept œuvres littéraires ici examinées tendent au contraire à expliquer son acte, voire à le justifier. Il y a lieu de s'interroger sur les motifs et les enjeux d'un tel renversement de perspective.

Judas, arrêté par la désespérance

Judas s'est retiré et est allé se pendre : de façon laconique, l'évangile de Matthieu met un terme à la vie de Judas, d'une façon qui laisse entendre que le poids de la culpabilité a été trop fort, l'empêchant de vivre. Le désespoir est en effet un obstacle majeur, et potentiellement définitif, à la relation aux autres et à Dieu, car il donne l'impression que la faute a plus de puissance que la miséricorde. Si le lecteur de l'évangile peut méditer sur ce désespoir de Judas, et sur l'enfer qu'il constitue pour une conscience écrasée de culpabilité, il ne doit pas pour autant négliger la part de responsabilité que porte la communauté dans sa survenue. Judas est arrêté par le désespoir car aucun être humain n'a accepté de se tenir à ses côtés, ni même de l'entendre dans l'aveu de sa faute. Si S. Thomas a pu considérer le désespoir comme une forme d'erreur au sujet de la miséricorde de Dieu, il faut compléter cette définition par la part de solitude à laquelle le désespéré a été condamné et qui a contribué à ce qu'il identifie sa vie à sa faute et qu'il en vienne à se retirer du monde des vivants.

L'évangile de Judas réhabilite-t-il le disciple qui a livré Judas

L'article introduit à l'Évangile de Judas à partir des débats qui ont entouré sa récente publication. B. Barc conteste l'idée, appuyée sur Irénée qui, vraisemblablement, ne connaissait qu'indirectement  le dit "évangile" que l'Évangile de Judas réhabiliterait Judas. En effet, pour saisir le le sens caché de ce texte, il convient de recourir aux règles d'herméneutique ancienne. Cette lecture permet de démonter la thèse de la réhabilitation et de montrer que Judas ne connaît pas l'origine divine de Jésus ; on ne peut donc interpréter ce texte comme le récit de la contribution de Judas à la mission de Jésus. Pour l'auteur de l'Évangile de Judas la venue de Jésus fut un échec.  

« Serait-ce moi ? » Approche narrative du personnage de Judas en Marc, Matthieu et Luc-Actes

Cet article propose une exploration narratologique du personnage de Judas en Mc, Mt et Lc-Ac. C'est notamment à travers la participation du personnage à l'intrigue et les relations que le récit construit entre Judas et d'autres personnages que chaque évangile livre son portrait de Judas. Le Judas de Mc se résume à un acte, « livrer » Jésus, qui s'oppose à la mission confiée par Jésus aux Douze et qui, en même temps, coïncide paradoxalement avec la réalisation du projet divin. Mt présente un Judas qui, parce qu'il se réfère à la Loi plutôt qu'au Seigneur, ne peut assumer son crime et vivre. Le Judas lucanien effectue un parcours qui trahit celui qui est attendu du disciple, à savoir abandonner ses biens pour un service vécu dans un cadre communautaire. Ces différents portraits de Judas répondent aux perspectives christologiques et ecclésiologiques qui caractérisent respectivement chacun des évangiles. Le Judas des évangiles est mis en intrigue comme un miroir tendu aux lecteurs/auditeurs pour qu'il s'interroge en le regardant : « Serait-ce moi ? »

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