Stratégie de développement immunitaire des Vertébrés : exemple des Amphibiens Gymnophione

Pierre BLEYZAC, 2004

Résumé

La grande diversité des organismes métazoaires, des Eponges aux Mammifères reflète des stratégies de défense immunitaires variées. Certains de ces mécanismes sont cependant conservés au cours de l'évolution. Les Amphibiens sont de bons modèles pour l'étude comparative de l'immunologie et permettent d'en comprendre les fonctions chez les Vertébrés supérieurs. Cependant, l'ordre des Gymnophiones n'a fait l'objet que de très peu d'étude sur ce sujet alors que ses particularités et ses adaptations pourraient le situer à un carrefour de l'évolution. Nous avons donc dans un premier temps fait le point sur les connaissances actuelles en immunologie comparée en considérant notamment les organes intervenant dans les phénomènes de l'immunité tout au long de l'arbre phylogénétique des Vertébrés. Nous avons présenté certaines hypothèses sur l'émergence du système immunitaire adaptatif (SIA) des Vertébrés Gnathostomes.

Dans un deuxième temps nous avons étudié le développement embryonnaire des organes de l'immunité de Typhlonectes compressicauda (Amphibien, Gymnophione). La rate se développe précocement en même temps que le thymus et elle fait apparaître une hétérochronie de développement et une cinétique exponentielle qui lui confère une importance particulière dans le système immunitaire de cette espèce. Le foie devient hématopoïétique à l'état larvaire bien après la rate. Après comparaison de ce modèle de développement avec ceux d'Amphibiens Anours et Urodèle et d'autres Vertébrés, nous avons conclu que le développement du système immunitaire de Typhlonectes compressicauda se rapproche à bien des égards de celui de l'Anoure bien étudié Xenopus laevis.

Par ailleurs nous avons une première approche de la structure et de la fonction de la rate de deux espèces de Typhlonectidae : T. compressicauda et T. natans. L'étude de la rate a permis d'attribuer une fonction hématopoïétique de lymphopoïèse B précoce et de source de cellules dendritiques. Nous avons conclu à un rôle fondamental de la rate des Gymnophiones en l'absence de moelle osseuse et de ganglions lymphatiques vrais. Dans ce cadre, en utilisant des techniques d'immunohistochimie, nous avons également montré qu'il existait une conservation de CD3, de CD1a le long de l'échelle phylogénétique. De plus, grâce à des Acm dirigiés contre les Immunoglobulines d'Axolotl, nous avons caractérisé deux isotypes possibles chez Typhlonectidae : l'IgM et l'IgY. Nous avons mis en évidence dans la rate adulte des lymphocytes T (CD3+), des lymphocytes B (Ig+) et des cellules dendritiques (CD1a+). Nous pensons que les cellules dendritiques folliculaires découvertes dans la rate sont la source essentielle de CPA professionnelles de ces animaux.