Traduction et IA : les réponses d'une experte langagière
Nouveaux usages, outils et compétences : décryptage d’une profession en mutation
mise à jour le 27 avril 2026
ESTRI - School for international careers
Experte en traduction et en post-édition, Anne-Marie Robert est intervenante au sein du Bac+5 Traduction de l’ESTRI. Dans un contexte marqué par l'essor de l'intelligence artificielle et la transformation des pratiques langagières, elle partage son regard sur l'évolution de son métier et les enjeux liés aux technologies de traduction.
Quel est votre parcours et votre spécialisation en traduction ?
Passionnée par l'international, l'interculturel et les langues vivantes, je me suis naturellement orientée vers un parcours en Langues Étrangères Appliquées, suivi d'un Master en traduction spécialisée. Forte d'une année Erasmus en Espagne et d'une année de césure en Angleterre, j'ai commencé ma carrière professionnelle comme salariée dans une agence de localisation informatique en Irlande pendant six mois. Je propose désormais des services en traduction technique et marketing en tant qu'experte langagière indépendante depuis une trentaine d'années, avec une spécialisation marquée en localisation informatique et multimédia.
Mon quotidien ? Traduire un manuel de maintenance sur un équipement industriel, une fiche produit sur un jouet, des consignes de sécurité pour un véhicule, un mode d'emploi sur un article électroménager... Ou encore localiser un site web technico-marketing sur un objet connecté, un guide de l'utilisateur d'un logiciel, une fiche technique sur un matériel informatique, un module de formation en ligne sur le développement personnel, un rapport sur la robotique, les sous-titres d'une vidéo professionnelle diffusée sur une plate-forme... Les domaines de spécialisation et les typologies documentaires traités sont d'une grande richesse et d'une grande variété.
Depuis quand utilisez-vous des outils de traduction assistée par ordinateur (TAO) ?
Depuis 30 ans. Les logiciels de TAO assistent les langagiers dans leurs tâches quotidiennes. Ils leur permettent de créer des glossaires multilingues, d'harmoniser la terminologie dans un document, de créer des mémoires de traduction bilingues contenant des traductions pouvant servir de référence, de récupérer des phrases déjà traduites par un traducteur, etc.
En quoi la traduction automatique (TA) se différencie-t-elle de la TAO ?
La traduction automatique propose aux langagiers des traductions effectuées par des logiciels de prétraduction automatique. Dans ce cas, le langagier n'effectue pas une tâche de traduction en tant que telle. Au lieu de cela, il post-édite la traduction proposée par le logiciel de TA utilisé, il en assure le contrôle qualité.
En quoi consiste la post-édition ?
Le post-éditeur est en charge de corriger, modifier, préciser, remanier, enrichir, adapter, réviser et relire la traduction proposée par un logiciel de prétraduction automatique. Le langagier devient alors évaluateur, correcteur, optimiseur et contrôleur qualité. Il humanise du contenu robotisé.
Une adaptation aux outils, à la demande sur les marchés et aux nouvelles activités langagières implique de nouvelles compétences auxquelles les prochaines générations de langagiers doivent être formés.
Comment l'IA a-t-elle transformé votre travail au quotidien ?
L'intelligence artificielle est apparue dans les métiers de la traduction il y a une dizaine d'années, avec l'arrivée de la 4ème génération de logiciels de TA : la TA neuronale. L'IA s'inspire de traductions effectuées par des langagiers humains pour s'améliorer. Les propositions faites par les logiciels de TA neuronale sont désormais plus fluides, mais l'intervention humaine reste indispensable pour assurer la qualité finale du travail (post-édition). Cette (r)évolution technologique est aujourd'hui omniprésente dans la plupart des secteurs d'activités, elle s'immisce dans tous les domaines de spécialité de la traduction.
La formation du traducteur doit-elle évoluer ?
Dans un contexte technologique en constante évolution, former à la traduction s'apparente aujourd'hui davantage à former aux métiers de la traduction. Le terme « traducteur » est un peu réducteur. Il tend aujourd’hui à être remplacé par celui de « langagier ». Une adaptation aux outils, à la demande sur les marchés et aux nouvelles activités langagières implique de nouvelles compétences auxquelles les prochaines générations de langagiers doivent être formés. L'IA est, certes, une intelligence mais elle reste artificielle. L'intelligence humaine, elle, vient pallier les défaillances de l'IA. Le langagier humain possède un esprit d'analyse, un esprit critique, une capacité d'adaptation, des compétences fines et une expertise professionnelle qui sont autant de valeurs ajoutées que l'IA est incapable de pratiquer.
Comment la formation de l'ESTRI répond-elle aux évolutions du métier ?
Dans son offre de formation, l'ESTRI répond aux défis pédagogiques et technologiques en valorisant la place de l'humain dans son cursus. Elle forme à la fois au cœur de métier en traduction traditionnelle et à la post-édition, pour humaniser du contenu robotisé, en réponse aux besoins sur les marchés et à l'omniprésence des IA dans la profession. L'ESTRI joue ainsi la carte de la convergence et de l'intégration entre « intelligence artificielle » et « intelligence humaine », avec un dénominateur commun, « intelligence », et deux activités complémentaires « artificielle » et « humaine », l'IA n'étant qu'un outil dans ce processus. En tant qu'experte langagière, j'accompagne avec engagement et conviction les étudiants de l'ESTRI dans leur formation aux métiers de la traduction et dans leur insertion professionnelle.


