Table ronde One Health : imaginer la santé de demain

Doit-on revoir notre manière de penser notre santé ? Alors que la recherche pharmaceutique s’oriente vers des traitements de plus en plus individualisés aux coûts parfois astronomiques… Devrions-nous au contraire penser la santé à plus grande échelle et envisager une « santé globale » ?

Comment fusionner les enjeux de société, la préservation de l’environnement ou encore les questionnements psychologiques aux enjeux de santé ? L’UCLy s’est engagée dans ce débat en invitant des personnalités issues du monde politique (Grégory Doucet, Maire de Lyon), médical (Adrien Didelot, neurologue à l’hôpital Saint-Joseph Saint-Luc) et académique (François Vialla, professeur à l’Université de Montpellier et Isabelle Hardy, directrice de l’ESTBB et doyenne du Pôle Sciences et Santé de l’UCLy) pour en débattre devant les étudiants.

« Un état de complet bien-être physique, mental et social. » Cette petite maxime n’est pas la description d’une inaccessible utopie, mais la simple définition de la santé selon l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé). Le Recteur de l’UCLy, Grégory Woimbée, a tenu à le rappeler lors de son propos introductif à la conférence sur la Santé Globale, qui s’est tenue dans l’amphithéâtre Mérieux de l’UCLy le jeudi 29 janvier 2026.

À l’opposé d’un système de santé limité au rôle de filet de sécurité, uniquement là pour rattraper une chute, cette définition appelle à penser la santé comme une préoccupation à tous les niveaux : conditions de vie, économie, environnement, innovation technologique, relations humaines… « La santé n’est pas simplement celle du corps » abonde le maire de Lyon, Grégory Doucet, venu aussi en sa qualité de Président du Conseil d’Administration des HCL (Hospices Civils de Lyon). « Elle est liée à ce qui nous entoure, à nos liens aux autres êtres vivants. Si l’on regarde à une échelle globale, c’est la solidité et la robustesse de notre environnement qu’il faut considérer. »

Enjeu majeur du XXIe siècle, cette santé globale est une réflexion nécessaire pour l’UCLy, à la fois comme institution de formation de professionnels de santé, comme lieu d’innovation et de recherche, et bien sûr comme lieu de vie pour ses étudiants. « L’enjeu aujourd’hui est d’amplifier le mouvement de la santé globale, de le rendre plus visible, plus structuré et plus ambitieux » a ajouté Grégory Woimbée. Un effort qui passe notamment par la croisée des regards et des expertises. La table ronde One Health a permis à des acteurs issus de la médecine, du monde académique et de la politique d’échanger à bâtons rompus devant les étudiants de l’UCLy et de répondre à leurs questions.

Mais attention « ces débats ne sont pas une fin en soi ! » a averti le Recteur de l’UCLy. « Ils sont le point de départ d’une réflexion à laquelle l’UCLy entend pleinement contribuer. »

Quelle médecine pour une santé globale ?

« La santé globale, c’est une aspiration, un but, un objectif. » Dès le début de la conférence, le Dr Adrien Didelot, chef du service neurologie de l’hôpital Saint-Joseph Saint-Luc, pose les bases. Parler de santé globale reste aujourd’hui une question d’anticipation. « La médecine a encore besoin de réaliser sa mutation. Elle doit atteindre une santé non plus basée sur la maladie, mais sur le patient. La santé d’aujourd’hui est performante sur le plan technique. Elle mérite de l’être un peu plus sur le plan humain. »

Mais pourquoi prendre le risque de quitter un modèle curatif pour adopter la pensée de la santé globale ? « Le XXe siècle a été extraordinaire sur le plan médical ! » concède volontiers François Vialla, professeur en Droit de l’université de Montpellier spécialisé en droit médical et de la santé. « Mais l’invention de la médecine curative est aussi une rançon que paye aujourd’hui la médecine. Nos vies sont hyper-médicalisées, alors même qu’une approche holistique consiste à rappeler que nous ne sommes pas seulement des corps. On redécouvre le fait que la médecine n’est pas seulement curative. Le bien-être passe désormais par une approche plus globale… Mais attention à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain ! »

On soigne autant avec la relation qu'avec des pilules !

Adrien Didelot, chef du service neurologie de l'hôpital Saint-Joseph Saint-Luc

En somme, (re)découvrir de nouvelles valeurs, sans abandonner celles qui ont donné à l’humanité ses meilleures armes pour lutter contre la maladie. « Penser la santé n’est plus seulement l’affaire des soignants et des scientifiques » remarque Grégory Doucet. « Il faut aussi penser les relations entre nous. Nous devons mettre à contribution les sciences humaines, la sociologie, le Droit et puiser les connaissances qui nous permettent de créer une santé globale, un bien-être et pas seulement une absence de maladie. »

« On soigne autant avec la relation qu’avec des pilules. On en fait l’expérience dans notre pratique tous les jours ! » résume Adrien Didelot.

Lyon, au coeur de la santé globale

En investissant le sujet de la santé globale, l’UCLy participe à une belle dynamique lyonnaise. Lieu d’implantation historique de grands groupes pharmaceutiques, en lien étroit avec le monde universitaire, Lyon est aujourd’hui une véritable place forte de la santé globale. L’OMS ne s’y est pas trompée, en annonçant l’ouverture sur le Biodistrict de Gerland de sa future Académie, destinée à devenir le centre de référence de la formation continue pour les soignants.

L’UCLy s’inscrit aujourd’hui pleinement dans cette dynamique, forte des liens historiques entre ses écoles de science (ESTBB, IFTLM) et les grands groupes pharmaceutiques lyonnais (BioMérieux). Derrière les débats, cette contribution passe aussi par de grands investissements stratégiques comme le futur « Hub Biotech », le nouveau laboratoire de pré-industrialisation de pointe en construction sur le campus Saint-Paul.

La santé mentale : préoccupation fondamentale

« La santé globale, c’est aussi la santé psychique », rappelle Isabelle Hardy, directrice de l’ESTBB. Et elle en sait quelque chose ! En amont de la conférence, les étudiants de l'UCLy ont été sollicités pour répondre à un questionnaire sur leur vision de leur santé. Et s'ils se considèrent comme généralement en bonne santé, ils soulignent aussi leur vulnérabilité face aux questions de santé mentale. « Quelle action pertinente peut-on mettre en place à l’échelle des étudiants ? » demande d'ailleurs un étudiant de l’ESTBB aux invités pendant la conférence.

« La façon dont fonctionne notre système aujourd’hui n’est pas pensée pour valoriser la santé mentale » admet Adrien Didelot. Fin connaisseur du sujet, le neurologue poursuit : « la prise en charge psychologique est fragile, engorgée, à une époque où la santé mentale a pris une place plus importante. » « Les pathologies sont mieux contrôlées, mais le mal-être s’installe et ce mal-être mérite des moyens à la hauteur des enjeux… Alors que le système psychiatrique n’a jamais été aussi fragile ! »

Santé mentale : les étudiants en première ligne

« En tant qu’étudiants, quels enjeux de santé vous concernent le plus aujourd’hui ? » Selon le sondage réalisé auprès des étudiants de l’UCLy en amont de la conférence, une question ressort tout particulièrement : celle de la santé mentale. Ils sont 32 % à la classer comme leur première préoccupation de santé, loin devant l’accès aux soins (15 %), la fatigue (10 %) ou l’environnement (9 %). Le bien-être social et psychologique apparaît également comme la deuxième caractéristique principale de la « santé globale », juste derrière la santé humaine.

François Vialla risque une réponse différente, en observant que la fragilité psychologique est le résultat d’injonctions contradictoires auxquelles les étudiants sont particulièrement vulnérables. « Nous vivons avec des exigences de performance. Il faut être bon ! Il faut passer ses examens ! Il faut réussir ! Mais en même temps, il faudrait s’accepter soi-même, accepter ses disgrâces… »

Là encore, les invités trouvent dans la santé globale des solutions nouvelles, et collectives. « En tant que communauté, nous devons peut-être repenser la performance. Non pas comme une compétition par rapport aux autres mais comme un accompagnement individuel » reprend François Vialla. Le professeur de Droit y voit un nouvel impératif pour toutes les institutions d’enseignement : celle d’un accompagnement individualisé des étudiants centré sur les progrès effectués et non sur le résultat par rapport à la moyenne.

Chaire EPI-PSY : pour une formation engagée

Le rôle d’une université dans la santé globale ne s’arrête pas aux conférences et cours magistraux ! Le 15 janvier 2026 a eu lieu à l’UCLy le colloque de la Chaire EPI-PSY, consacré à la santé mentale des personnes souffrant d’épilepsie, organisé en partenariat avec l’hôpital Saint-Joseph Saint-Luc et l’Institut La Teppe.

Cette Chaire de formation portée par l’ESTBB a vocation à former les professionnels de la santé et les accompagnants de patients souffrant d’épilepsie sur les enjeux de santé mentale spécifiques associés à l’épilepsie. Son comité scientifique regroupe neurologues et psychiatres spécialistes, issus d’une douzaine de CHU français

« Prenez soin de vous ! »

En poursuivant leurs réflexions, et en analysant les réponses apportées par les étudiants, les participants notent pourtant une contradiction intéressante. Très préoccupés par leur santé mentale et par l’accès aux soins, les étudiants le sont moins par la prévention. Plutôt logique selon Adrien Didelot, qui note que le travail de prévention ne peut être effectué qu’avec un système de santé déjà très performant. « Bien sûr qu’un étudiant qui répond à un questionnaire se demande d’abord s’il pourra accéder à des soins, avant de se demander comment ne pas tomber malade » remarque le neurologue.

Malheureusement, le monde hospitalier peine à dégager le temps et les fonds nécessaires. Néanmoins, d’autres institutions peuvent d’ores et déjà prendre le relais. Comme l’explique Isabelle Hardy, la prévention est déjà au cœur du travail de l’équipe de santé de l’UCLy. « La prévention à l’université demande du temps, c’est une éducation permanente qui se construit dans la durée. Il faut essayer, avec de jeunes adultes, de coconstruire des éléments pour prévenir. »

A cette question de la prévention, tous les invités de la table ronde apportent finalement une réponse à l’unisson. Santé globale oblige, c’est dans la solidarité collective que se trouve le meilleur remède… Pour soi-même. « Je crois que s’engager pour les autres est la meilleure façon de contribuer à la santé globale. L’attention que l’on porte aux autres est un miroir nourrissant pour soi-même » croit Grégory Doucet. Une véritable philosophie qu’Adrien Didelot résume en une injonction : « Prenez soin de vous ! »

Des étudiants déjà mobilisés

Face aux problématiques de santé, les étudiants de l’UCLy se sentent concernés… Mais pas démotivés ! Comme le prouve leur présence nombreuse dans l’amphi Mérieux et les questions qu’ils avaient préparées pour les invités, ils sont prêts à devenir des acteurs de la santé globale. 86% d’entre eux pensent que les jeunes ont un rôle spécifique à jouer dans la transformation des politiques de santé !

Et pour l’anecdote, les étudiants de l’UCLy n’ont pas attendu les invités de cette conférence pour s’emparer du slogan « Prenez soin de vous ! ». On le retrouvait déjà… en Une de l’Apostrophe, le journal étudiant de l’UCLy, dans son dernier numéro consacré à la santé mentale.

La mobilisation pour la santé de demain a déjà commencé !

« Vous allez être un des maillons qui va contribuer à l’amélioration de la santé globale » renchérit Isabelle Hardy en s’adressant aux étudiants de l’ESTBB présents dans la salle. « Il faut que vous ayez confiance en vous, que vous donniez confiance et osiez parler et expliquer ce que vous savez. Ayez une vision et attachez-vous à cette vision !»

Un appel nécessaire pour des étudiants en études de santé que François Vialla étend enfin à l’ensemble de la communauté universitaire : « A tous les étudiants et tous les enseignants. Si vous repérez quelqu’un en difficulté… Faites comme le Samaritain. On s’arrête, et on prend soin. »

L'UCLy s'investit dans la santé

L’UCLy lance la Chaire d’enseignement EPI-PSY (Épilepsies et Psychiatrie)

L’UCLy, avec l’Hôpital Saint Joseph Saint Luc et l’Institut La Teppe, lance la Chaire EPI-PSY, portée par l’ESTBB.
Elle vise à renforcer la formation des professionnels de santé sur les liens entre épilepsie et troubles psychiatriques.

L'UCLy et l'hôpital Saint-Joseph Saint-Luc croisent les regards sur les fins de vie

Aide à mourir, grande vieillesse… Pour éclairer les débats sur les fins de vie, l’UCLy et l’hôpital Saint-Joseph Saint-Luc se retrouvent pour un cycle de tables rondes « Changer de regard sur les fins de vie ». Le premier rendez-vous a permis de donner une perspective philosophique, anthropologique et historique de notre relation à la mort.

2025 – 2026 : 150 ans, et de nouveaux projets !

Pour l’UCLy, l’année académique 2025-2026 est un moment de mémoire, mais aussi d’innovation. En 150 ans, l’UCLy s’est imposée comme un acteur majeur du paysage académique lyonnais et prouvé l’efficacité d’une recette unique conjuguant excellence académique, accompagnement de proximité et approche pluridisciplinaire au cœur de la formation. L’UCLy regarde encore et toujours vers l’avenir avec pour objectif de mêler innovation et fidélité à sa tradition humaniste, de continuer à marier sciences et humanités.