Saint-Paul : une histoire en mouvement
Découvrez l'histoire de Saint-Paul
mise à jour le 6 novembre 2026
UCLy
Comment une prison est devenue université

Vous le saviez peut-être, le campus de l’UCLy sur la place des Archives était auparavant une prison… Mais saviez-vous que ce bâtiment historique du quartier de Perrache a failli complètement disparaître ? Seule la mobilisation in extremis d’activistes, de magistrats et d’universitaires a permis de la sauver. On vous raconte tout de l’Histoire difficile, et du sauvetage improbable, de la prison Saint-Paul que ses détenus surnommaient « La Marmite du Diable ».
Mais comment diable construit-on une prison ? C’est la question qu’on se pose à Lyon comme partout en Europe au début du XIXè siècle. En effet, les magistrats de l’Ancien Régime ne se souciaient guère de ses criminels, préférant volontiers les punitions corporelles ou des cachots sordides à l’emprisonnement jugé coûteux. Mais la Révolution Française et les Lumières sont passées par là, et le nouveau système judiciaire qui en émerge ne voie plus le crime comme une tare fondamentale d’un individu mais comme un problème social sur lequel il est possible d’agir. Pour pouvoir réformer, réhabiliter les détenus, il faut de nouvelles prisons saines et modernes.
A Lyon, ce seront les prisons de Saint-Joseph (1831) puis de Saint-Paul (1865). Toutes deux sont de véritables prouesses architecturales, de magnifiques bâtiments en pierres de taille caractéristiques du bâti lyonnais de l’époque. Saint-Joseph est inspirée du plan d’un hôpital, tandis que Saint-Paul reprend le plan « en étoile » inventé aux Etats-Unis pour la prison de Philadelphie.

Mais ni l’hygiène ni la salubrité ne tiennent longtemps face aux réalités de la vie d’une prison. Saint-Joseph et Saint-Paul sont vite surpeuplées, et les conditions de détention y deviennent terribles. A l’origine, la prison Saint-Paul n’a été conçue que pour 350 prisonniers. Suite à des travaux d’agrandissement et l’installation de l’eau courante dans les années 70, sa capacité monte à 550 détenus. Pourtant au début des années 2000, elle accueille systématiquement plus de 1000 détenus, y compris des centaines de mineurs. Froid glacial en hiver, chaleur bouillante en été, insalubrité constante… Les prisonniers et les habitants du quartier de Perrache lui donnent le surnom terrible de « La Marmite du Diable ».
Après plus d’un siècle d’utilisation et de surpeuplement, une nouvelle prison est enfin construite à Corbas. Saint-Joseph et Saint-Paul ferment en 2009. Montluc, ancienne prison militaire, utilisée par la Gestapo pendant l’Occupation avant de devenir une prison pour femmes, est également concernée.
« Ouvrir une école, c’est fermer une prison »
A l’origine, les trois prisons doivent tout simplement être démolies ! Saint-Joseph et Saint-Paul sont situées tout près de la gare de Perrache, à l’orée de la Confluence, un quartier en pleine rénovation. Montluc quant à elle est toute proche de la Part-Dieu. L’Etat compte bien vendre ces terrains très favorables à des promoteurs, et au prix fort ! Il faut dire que la qualité architecturale des bâtiments est devenue bien difficile à distinguer sous plus d’un siècle de crasse.
Pourtant, malgré les nuisances et la mauvaise réputation, les habitants du quartier se mobilisent pour exiger la préservation des bâtiments. Ils sont rejoints par des activistes, des architectes du Patrimoine, et des magistrats lyonnais. Jean-Olivier Viout, procureur général de Lyon, fait pression auprès du préfet du Rhône pour sauver [la prison de] Montluc, qui fût pendant la Guerre la prison de milliers de déportés et de Jean Moulin.
Très vite, les défenseurs du Patrimoine lyonnais obtiennent gain de cause. Montluc sera préservée intacte afin de devenir un mémorial de la Résistance et de la Déportation. Mais pour Saint-Joseph et Saint-Luc, les choses sont plus complexes. Une prison, lieu d’enfermement et d’isolation, ne peut pas être reconvertie sans des modifications majeures. Une compétition est donc lancée, pour trouver le meilleur projet de reconversion.
A la même époque, la croissance des effectifs de l’UCLy a dépassé la capacité de son campus historique de Bellecour et l’université recherche de nouveaux locaux. Elle se lance donc dans l’aventure avec un cabinet d’architectes lyonnais et le bailleur social Habitat et Humanisme, qui rénovera la prison Saint-Joseph. Face à de grands groupes, un projet hôtelier et même un casino, c’est la « petite » université qui l’emporte… Et ce n’est pas une affaire d’argent ! Loin d’être le mieux doté financièrement, le projet de l’UCLy est celui qui préserve le mieux les bâtiments originaux. Mais c’est surtout sa vocation culturelle et académique qui séduit les habitants du quartier et les responsables politiques.
Après tout, comme le disait (peut-être) Victor Hugo : « Ouvrir une école, c’est fermer une prison » !