Rentrée solennelle 2026 : « remettre le système à l'endroit »

Quelques semaines après la visite de Léon XIV en France, la pensée du pape a animé la traditionnelle rentrée solennelle de l’UCLy. La conférence de rentrée était donnée par Sœur Helen Alford, présidente de l’Académie Pontificale des Sciences Sociales, devant des dizaines d’étudiants et d’enseignants de l’UCLy réunis pour l’occasion. La chercheuse a décrypté la puissante encyclique Magnifica Humanitas publiée par le pape cet été, nouvelle inspiration pour l’humanisme chrétien qui forme le socle des valeurs de l’UCLy et de sa nouvelle faculté de sciences sociales.

Une leçon académique placée sous le signe de l’humanisme chrétien

Pour une université comme l'UCLy, la rentrée solennelle n'est pas seulement un moment de retrouvailles et de cérémonie pour marquer le début de l'année. Le thème choisi pour la traditionnelle leçon académique donne un ton, une direction fidèle aux valeurs de l’institution. Pour cette année 2026, l'UCLy avait l'honneur de recevoir Sœur Helen Alford, Présidente de l'Académie Pontificales des Sciences Sociales, pour un décryptage en profondeur de l'encyclique Magnifica humanitas, publiée par le pape Léon XIV.

Dans les médias, ce beau texte a peut-être été un peu trop vite réduit à une simple dimension de brûlot anti-IA. Pour Sœur Helen Alford, il y a bien plus à tirer de ce texte qu’une invitation à la prudence technologique. « Magnifica humanitas éclaire non seulement les manières dont nous pouvons développer l’intelligence artificielle pour le bien commun, mais aussi les différentes approches que nous pouvons adopter pour penser la condition humaine, gérer nos systèmes politiques et économiques et garantir la paix », explique-t-elle.

L’indispensable réponse à la « polycrise »

« L’histoire de l’Église et de l’humanité n’est pas écrite par ceux qui donnent l’impression de vaincre, mais par ceux qui font de la place. » En citant le pape Léon XIV dans son discours d’introduction, le recteur Grégory Woimbée a donné le ton d’une soirée engagée. « Si nous ne prenons pas ces mots au sérieux, nous nous soumettons à ceux qui prétendent vaincre en occupant l’espace laissé libre par un consumérisme nihiliste. »

Cette « polycrise », nous la connaissons tous. Une série de menaces nouvelles, multiformes et incontrôlables qui semblent saper chaque jour les fondements de notre société. Pour mesurer l’ampleur de la tâche, le Pape François déclarait : « Nous ne vivons pas une époque de changements, mais un changement d’époque ».

Selon Helen Alford, l’encyclique Magnifica humanitas de Léon XIV s’inscrit dans la continuité de l’appel à la mobilisation lancé par le pape François. Elle met en évidence notre difficulté à apporter des réponses adaptées aux maux de notre société. Dans l’encyclique, le pape Léon XIV illustre ce constat à travers l'épisode biblique de la fameuse Tour de Babel. « La pensée moderne nous enferme dans un monde façonné sur le modèle de la Tour de Babel, nous conduisant à contribuer activement aux crises que nous traversons », observe-t-elle.

Ce sentiment, qui fait de tous les citoyens des témoins impuissants, voire des complices de crises contemporaines vécues comme inévitables, est au cœur de la polycrise. « Notre système de pensée actuel a été conçu uniquement pour exploiter la nature et produire un résultat technique », renchérit Helen Alford. « En économie, la nature n’est qu’une externalité. L’humain une ressource. C’est un système qu’il faut remettre à l’endroit. »

L’université, carrefour de l’espérance

Heureusement, l’encyclique de Léon XIV ne se contente pas de constater une crise. Dans son texte, le pape présente une véritable feuille de route de retour vers l’espérance. Il y appelle à une réflexion et à une véritable innovation sociale, dans le prolongement de la doctrine sociale de l’Église et de sa tradition humaniste, pour répondre aux défis contemporains. « Comment cette réflexion peut-elle nous aider à penser l’innovation sociale, et le rôle de l’université face à la polycrise toujours plus profonde à laquelle nous sommes confrontés ? », interroge Helen Alford.

Pour le Recteur de l'UCLy, la réponse est évidente : l'université doit être à la fois le lieu d'une compréhension des crises qui traversent le monde, et celui d'une nouvelle éducation capable d'y apporter des réponses. « Il ne faut pas réduire l’éducation à une simple transmission de connaissances. » affirme Grégory Woimbée, « l'université doit se pencher sur les causes profondes de ce que nous traversons. »

Mais si l'université est naturellement un lieu d'émergence d'une nouvelle pensée humaniste, elle doit aussi contribuer à une remise en question profonde de nos sociétés. Le Recteur de l’UCLy fustige notamment « l'absence de vision et de perspective » et « l'absence de volonté collective de transmettre ce dont a besoin un être humain en construction ». Loin de faire porter sur la jeunesse seule la responsabilité de l'avenir, il lance au contraire un appel à une nouvelle solidarité intergénérationnelle. « Les générations précédentes portent une responsabilité coupable » admet-il. « Certains disent que nous avons la jeunesse qu’on mérite… Si c’était le cas, les choses seraient pourtant bien pires ! »

One Education : pour une éducation de toute la personne

L’éducation, ce n’est pas seulement la transmission de connaissances. C’est sur ce principe que repose la stratégie One Education de l’UCLy, qui guidera son développement jusqu’en 2032. « Nous devons apprendre aux étudiants à relier les savoirs, à exercer leur discernement, et à développer leurs talents pour qu’ils puissent agir au service des autres et de la société. »

« One Education, c’est l’idée d’unir trois dimensions fondamentales de l’éducation et trois sens différents du mot one », explique Grégory Woimbée. La vision d’une université collective, holistique, qui prenne aussi en compte les singularités de chacun. « Nous devons rendre les étudiants acteurs de leur éducation, plutôt que de les présenter comme des bénéficiaires », détaille le Recteur de l’UCLy. « Ils doivent être intégrés à la réflexion sur l’avenir de l’université avec les enseignants, mais aussi avec des entrepreneurs et des acteurs de la société civile. »

La vulnérabilité comme bien commun

Mais où trouver les ressources nécessaires à cette alternative au marasme ambiant ? Selon Helen Alford, la réponse se trouve peut-être dans un sujet que l’UCLy connaît très bien : l’étude de la vulnérabilité, et sa valorisation comme lien entre les êtres humains et leur environnement. « Parce qu’elle est universelle, inhérente à tous les êtres vivants, la vulnérabilité est un bien commun », souligne Helen Alford. Le pape Léon XIV s’est lui-même saisi de cette notion, qui figure longuement dans l’encyclique Magnifica humanitas… Même si le public français aurait pu ne pas s’en rendre compte ! « Le mot vulnerability figure plus souvent dans l’original, écrit en anglais, que dans sa traduction française ! », s’amuse Helen Alford.

La reconnaissance de la vulnérabilité est un travail de longue date à l’UCLy, notamment à travers les travaux de la Chaire d’Université Vulnérabilités, qui se sont achevés en 2025. Ces travaux ont ouvert la voie à la création d’une faculté ecclésiastique de sciences sociales dès cette rentrée.

La Faculté de Sciences Humaines et Sociales de l'UCLy

L’UCLy a inauguré cette année sa faculté ecclésiastique de sciences humaines et sociales. Soutenue par le Vatican, elle délivre des diplômes canoniques de Master et de Doctorat, reconnus au niveau européen. Son approche pluridisciplinaire, notamment ethnologique et sociologique, permet d’appréhender les vulnérabilités dans toute leur complexité.

« C’est un projet que nous portions depuis une dizaine d’années avec des collègues anthropologues et sociologues », raconte Valérie Aubourg, doyenne de la Faculté. « Elle vise à comprendre les réalités humaines en constante évolution, à s’y adapter et à favoriser une approche originale de la vulnérabilité comme dimension constitutive du vivant. Une anthropologie de l’interdépendance. »

« Je pense que vous créez cette Faculté à un moment particulièrement opportun » s'enthousiasme Sœur Helen Alford. « La doctrine sociale de l’Église est une réalité vivante. Une vision des sciences sociales dans la tradition chrétienne prend aujourd’hui tout son sens, et je voudrais encourager les universités à donner un nouvel élan à ces principes. »

Magnifica humanitas, un appel à la tolérance

« Les communautés de toute nature doivent renouer » ajoute Grégory Woimbée. « Les plus grandes civilisations sont mortes de leur entre-soi et de leur uniformité. Il ne faut pas seulement tolérer la différence, mais la célébrer. » Pour le Recteur de l’UCLy, la vulnérabilité est ainsi un trait d’union qui peut réparer les fissures de notre société.

Comme l’a écrit Léon XIV : « désarmer les fausses raisons de la résignation et de l’impuissance, et faire circuler dans le monde les grandes raisons de l’espérance ». « Ce mouvement de confiance et d’amour réciproque que nous appelons éducation n’aura de sens que si ce sont les plus fragiles d’entre nous qui nous enseignent », ajoute Grégory Woimbée.

Cette pensée d'espoir, Helen Alford la résume en citant un autre « pape » de la poésie et de la musique, le grand Leonard Cohen : « There is a crack in everything, that’s how the light gets in. »

Cardinal Aveline : « L’Église est au service de l’amour que Dieu porte au monde »

À l’occasion de leur rentrée 2026, les Facultés de Théologie et de Philosophie de l’UCLy ont accueilli le cardinal Jean-Marc Aveline. Père protecteur de l’UCLy en sa qualité d’évêque de Marseille, Mgr Aveline est aussi un ancien professeur de la Faculté de Théologie ! Au cœur de son intervention, une question qui concerne plus particulièrement les étudiants en théologie : quelle place pour la théologie dans la mission de l’Église ? Devant un amphithéâtre Jean-Paul II plein à craquer, Mgr Aveline a livré aux étudiants un plaidoyer pour un humanisme chrétien empreint de modestie, appelant à une théologie de l’amour et de l’ouverture à l’altérité.

Avec « One Education », l’UCLy place sa vision humaniste de l’éducation au cœur de sa stratégie 2032

Pour l’UCLy, un cycle symbolique s’achève avec la célébration de ses 150 ans en 2025-2026. Alors que ses campus lyonnais arrivent progressivement à maturité, l’UCLy poursuit son développement à Annecy, Le Puy-en-Velay, Aix-en-Provence et Marseille, avec la volonté de répondre aux besoins de ces territoires. Mais pour se distinguer dans un environnement universitaire en pleine mutation, l’UCLy mise sur une approche humaniste et innovante : « One Education », au cœur de sa stratégie 2027-2032.