Quand les professeurs de l'UCLy se forment à mieux enseigner

Les partiels sont terminés, les amphis sont fermés… Et pendant que les étudiants de l’UCLy profitent d’un repos bien mérité, leurs professeurs sont au travail ! Comme chaque année, les Rencontres de la pédagogie, organisées par l’université permettent aux enseignants de poursuivre leur formation grâce à des ateliers animés par des spécialistes en pédagogie venus de toute la France. Après deux ans consacrés à l’impact de l’intelligence artificielle à l’université, les enseignants de l’UCLy se sont engagés dans un nouveau cycle consacré aux pédagogies actives.

C’est désormais une évidence, le métier d’un professeur n’est pas seulement de savoir… Il faut aussi transmettre. « La pédagogie est un élément très important pour notre métier » explique Emmanuelle Gormally, Vice-Rectrice en charge de la vie étudiante à l’UCLy. « Nous devons savoir rendre les cours intéressants et créatifs, quelles que soient les disciplines que l’on enseigne. »

Pour assurer la formation de ses professeurs à la pédagogie, cette science de l’éducation en perpétuel renouvellement, l’UCLy s’appuie notamment sur l’équipe de CAP’EA (Centre d’Appui à la Pédagogie des enseignants). Composée de professeurs et d’ingénieurs pédagogiques, l'équipe organise chaque année les Rencontres de la pédagogie. « Elles fonctionnent avec des cycles de deux ans sur un sujet » explique Pierrick Ribo, responsable de CAP’EA. Une première année pour découvrir l'état de l'art, avec une conférence et des intervenants venus d'ailleurs… Et une seconde pour donner la parole aux enseignants de l'UCLy. C’est aussi cela, la pédagogie ! En 2024 et 2025, les enseignants de l’UCLy avaient planché sur l’impact de l’IA sur la pédagogie. Cette année, ils ont attaqué un nouveau cycle consacré aux pédagogies actives.

Les pédagogies actives : repenser l’enseignement

« On apprend toujours seul, mais jamais sans les autres ! » C’est avec cette phrase empruntée au Pr Philippe Carré que Catherine Couturier résume la philosophie des pédagogies actives. A l’origine ingénieure en mécanique productive, formée à l’école des mines de Douai, puis enseignante en robotique, elle s’est tournée vers les sciences pédagogiques… En constatant un manque de formation pour les enseignants.

« J’ai eu une longue expérience de l’enseignement sans aucune formation à la pédagogie » raconte-t-elle. « A l’origine pour moi, concevoir un cours c’était chapitre 1, chapitre 2, chapitre 3… Mais en faisant ça, je me suis rendue compte que les résultats de mes étudiants devenaient de moins en moins bons, que je n’avais pas de plaisir à enseigner. Mon approche ne permettait pas à mes étudiants de réussir. » Elle retourne donc à l’université, et devient chercheuse en sciences de l’éducation.

« Je pense qu’aujourd’hui on ne peut pas faire autrement que de changer nos manières d’enseigner. Les étudiants ont changé, la société a changé, et l’IA bouleverse notre rapport au savoir. Les choses sont en train de bouger à l’université. »

Catherine Couturier

Lors de sa conférence d’introduction aux Rencontres de la pédagogie, elle rappelle qu’il n’existe pas « une méthode » de pédagogie active, mais une infinité de possibilités. « Je parle toujours de pédagogies actives au pluriel. Nous travaillons selon quelques principes d’action, que tous les enseignants peuvent s’approprier, quelles que soient leur discipline et leur niveau, qui permettent de mieux engager les étudiants. On ne raisonne plus par les contenus, le ‘programme’, mais en termes d’activités qui permettent aux étudiants de maîtriser ce qu’on cherche à leur enseigner. » Finie la simple récitation d'un cours magistral suivie d'un partiel. Les pédagogies actives multiplient les approches, les méthodes et les formes d'évaluation pour favoriser un apprentissage plus efficace.

Les procès fictif, exemples de pédagogie active

Exemple typique de pédagogie active et d’apprentissage par projet, les procès fictifs sont devenus un passage obligé pour les étudiants de la Faculté de Droit de l’UCLy. Chaque année, ils jouent le rôle d’avocats et de magistrats, sous la supervision de professionnels et dans l’enceinte des tribunaux de Lyon et d’Annecy. De l’instruction à la plaidoirie en passant par le verdict final, les étudiants se confrontent aux questions qui bouleversent aujourd’hui leur futur métier, comme l’irruption de l’IA générative dans la pratique du droit.

Des méthodes innovantes à l’essai

Parler de cours en extérieur, c’est tout de suite évoquer le souvenir des fameuses sorties scolaires de l’école primaire ou du secondaire. Mais pour la Pr Laure Pillot, chargée d’études au sein de l’Institut Français de l’Éducation de l’ENS de Lyon, l’enseignement hors les murs est une ressource à mobiliser jusque dans l’enseignement supérieur !

« Hors les murs, c’est un terme à la fois très engageant mais assez vaste » explique-t-elle. « L’idée, c’est que via le mouvement, le décloisonnement et la sortie de la salle habituelle des cours, les savoirs s’enseignent et se reçoivent différemment. » Les résultats se révèlent vite lors de l’atelier, quand une dizaine d’enseignants de l’UCLy la suivent par-delà les portiques de sécurité pour une démonstration. Très vite, les langues se délient et les idées pour de nouveaux cours fusent…

Selon Laure Pillot, l’enseignement hors les murs dépasse la simple « astuce » pédagogique. « On observe des tendances inquiétantes, par exemple le fait que dans la tranche d’âge des étudiants, 40% d’entre eux souffrent de solitude » détaille-t-elle. Introduire du mouvement et changer d’espace permet aussi de retisser du lien entre enseignants et étudiants. « Se mouvoir ensemble, c’est faire collectif. Cela permet pour l’enseignant d’adopter une autre posture pédagogique, de faire plus attention aux spécificités de chacun… C’est vraiment une posture que les étudiants apprécient. » Selon elle, l’enseignement hors les murs, au contact avec la cité et la nature, se prête naturellement aux sujets cruciaux de la transition socio-écologique.

La certification TEDS

Depuis septembre 2024, l’UCLy travaille à étendre la formation aux enjeux de la transition socio-écologique à l’ensemble de ses étudiants. C’est ainsi qu’ont été lancées des formations préparant à une certification Transition Écologique pour un Développement Soutenable (TEDS). Tous les étudiants de premier cycle de licence et grade licence sont concernés. Ils complètent leur formation principale par des activités pédagogiques qui les sensibilisent aux enjeux de la transition socio-écologique. Ils développent ainsi leur capacité à incarner les valeurs de la durabilité, à comprendre la complexité des enjeux et à agir en faveur d’un développement plus durable.

La pédagogie est une science

Loin de se réduire à un assemblage de méthodes empiriques, la pédagogie est aussi une science. Elle s’appuie notamment sur les avancées des neurosciences ces dernières décennies dans la compréhension du fonctionnement de la mémoire ou de la cognition. « Nous sommes dans une phase transitoire de cette science » admet Jean-Luc Berthier, spécialiste en sciences cognitives. « La plupart des enseignants en activité n’ont encore aucune notion sur la manière dont le cerveau apprend ! »

Pour cet ancien proviseur, auteur de nombreux ouvrages en neuro-éducation, déployer les neurosciences dans les salles de classe est devenu crucial. « Savoir comment fonctionnent la mémoire par exemple permet de changer la manière d’enseigner » poursuit-il. Apprendre est un voyage complexe, parfois inattendu... Et l'on a plus de chances d'arriver à destination quand on sait où l'on va ! Pour l'enseignant, comprendre comment le cerveau mémorise grâce aux sciences cognitives, c'est se donner les moyens de concevoir de meilleurs enseignements.

Mais cette connaissance ne doit pas s’arrêter aux seuls professeurs. « Du point de vue d’un étudiant, mieux connaître la façon dont le cerveau installe de nouvelles notions permet de sortir de l’illusion d’apprendre ! » La fameuse séance de révision de dernière minute permet bien de passer l’exam’… Mais selon le chercheur, les connaissances qui en résultent sont superficielles.

« Nous devons passer à une conception plus solide, plus intérieure de la connaissance à l’université » renchérit Jean-Luc Berthier. Mais pour y arriver, il est indispensable de modifier la façon d’enseigner, mais aussi la façon d’évaluer. C’est donc à l’université de s’adapter et de mettre les étudiants en situation d’apprendre mieux. « Un seul contrôle final pour une matière, c’est dépassé ! » estime Jean-Luc Berthier. « Il faut remplacer ça par des évaluations qui permettent aux étudiants de mieux mémoriser et d’apprendre de leurs erreurs. »

La pédagogie à l'UCLy

Procès fictif : l’utilisation de ChatGPT au sein des administrations procès fictif

L’intelligence artificielle peut-elle prendre des décisions administratives à la place de l’humain ? À travers deux procès fictifs organisés avec la Cour administrative d’appel de Lyon et le Barreau de Lyon, les étudiants de la Faculté de Droit de l’UCLy se sont confrontés à un sujet déjà bien réel : l’utilisation de ChatGPT dans l’action publique.