Sémiotique et Bible n°139 - Septembre 2010

Bulletin d'études et d'échanges publié par le Centre pour l'Analyse du Discours Religieux

Sommaire de la revue n°139

L’actualité de l’Apocalypse, chance et défi pour ses lecteurs – Isabelle Donegani

Isabelle DONEGANI (La Pelouse, Bex – Suisse) donne dans cet article une introduction à la lecture du livre de l’Apocalypse. Abordant d’abord les questions traditionnelles sur le dernier livre de la Bible, concernant sa canonicité, son auteur, son inspiration… elle présente ensuite la structure du livre en distinguant ce qui relève de la dimension littéraire de l’oeuvre (et qui donne lieu à différentes propositions de plans ou divisions) et ce qui, appréhendé d’un point de vue structural, en manifeste la cohérence profonde. Ce point de vue structural ouvre à des propositions de lecture sémiotiques et à une attention toute particulière aux multiples manifestations de la parole. L’examen de leur complexité oriente le propos vers une sémiotique de l’énonciation. La spécificité d’un tel tissage produit un dynamisme d’ordre énonciatif, sorte d’épiphanie vocale qui trouve sa pleine force d’expression dans l’échange des voix du final du livre. C’est là que l’irréductible et l’indomptable de la parole qui porte la prophétie trouve à manifester toute sa vigueur. Rattachée à la parole originaire (“la parole de Dieu et le témoignage de Jésus Christ” est l’une des figures axiales du livre), la parole de Jean la relaie dans sa capacité à faire encore parler les hommes au-delà de tous les cercles qui seraient tentés d’accaparer le texte. La force et la faiblesse de l’Apocalypse sont celles de la parole qui l’inspire et la traverse.

Cet article développe le texte d’une Introduction au livre de l’Apocalypse proposée à la Traduction Liturgique de la Bible (TLB), en vue d’une Bible de la Liturgie, révisée et complète, à paraître. Tout en s’appuyant sur un précédent travail de thèse (« À cause de la parole de Dieu et du témoignage de Jésus Christ… ». Le témoignage dans l’Apocalypse de Jean, Gabalda, Paris, 1997), il fait ainsi le point sur les travaux actuels consacrés à l’Apocalypse. La collaboration menée avec Jean Delorme (L’Apocalypse de Jean. Révélation pour le temps de la violence et du désir, LD 235 et 236, Cerf, Paris, 2010) renouvelle pourtant ici le regard porté sur le langage figuratif propre à l’oeuvre de Jean de Patmos, et la perspective d’une théorie du signifiant initiée à propos de cet ouvrage par Jean Calloud promet une lecture encore plus attentive à ce qui se dit en une telle écriture.

En hommage à Jean Delorme, maître et ami en la Parole

D’un repas de communion et d’alliance à une offrande sacrificielle – Jean-Yves Thériault

Jean-Yves THÉRIAULT (Rimouski, Canada et ASTER) propose ici une lecture comparée du récit de la dernière Cène en Mc 14, 22-25 et de sa reprise dans le cadre de la Prière Eucharistique I du Canon romain. La lecture s’attache au traitement des figures du « pain » et de la « coupe » et de leur mise en discours dans ces deux textes. Une insistance particulière est donnée aux dispositifs d’énonciation dans l’un et l’autre texte, la prière liturgique présentant une structure singulièrement complexe puisque le « récit » du dernier repas et les paroles qu’il comporte sont prises en charge par un énonciateur délégué (le célébrant) qui ne peut s’identifier vraiment à la position de Jésus dans le récit évangélique. « La récitation des paroles sur le pain et la coupe ne sont plus entendues comme acte d’énonciation produisant de la signification à partir des parcours figuratifs et discursifs du repas donné par Jésus, mais leur prononciation méticuleuse est comprise comme acte transformant les signes matériel de l’offrande en corps et sang du Christ offert pour le salut et la rédemption des croyants. »

Cette étude en parallèle permet en outre de comparer deux régimes anthropologiques fondamentaux, celui du don et celui de l’échange. Il semble que le récit de la cène en Mc se tient dans l’ordre du don. Dans le cadre d’un dernier repas avec les Douze Jésus leur donne un autre repas qui prend une valeur inestimable : il leur donne le moyen de garder vivante la relation à lui, de se nourrir, encore après sa mort, de sa présence corporelle sous un mode inédit. Le contre-don consiste pour eux à effectivement se nourrir et vivre de ce qu’il leur donne. Le sacrifice tel qu’il est mis en discours dans la Prière eucharistique relève de la catégorie de l’échange avec cette particularité que la valeur de l’objet mis en échange ne relève nullement d’une mesure établie d’avance ni d’un forme de contrat entre deux partenaires. L’offrant ne peut que reconnaître la grandeur de ce qu’il a reçu et l’offrir dans l’espérance que l’offrande soit agréée, et qu’il en retire ainsi les bienfaits attendus.

Échos et reflets de la lecture… – Louis Perrin

La lecture sémiotique est focalisée sur le texte, sur sa singularité et sa capacité signifiante ; son principe d’immanence rappelle que la lecture est la construction d’une cohérence élaborée sur la base du texte à lire. Sans doute, mais la lecture achevée, les formes et les dispositifs figuratifs découverts sont susceptibles de s’étendre et de se détendre et de susciter des reflets et des échos rappelant d’autres expériences et d’autres lectures.

Louis PERRIN (CADIR Lyon) nous propose ainsi, dans quelques textes courts des échos et reflets de la lecture de la Bible convoquant des expériences littéraires, philosophiques, théologiques… prolongeant ainsi l’expérience et le temps de la lecture.

Compte-rendu de lecture : Viviane HUYS-CLAVEL, Image et discours au XIIème siècle. Les chapiteaux de la basilique Sainte-Marie Madeleine à Vézelay – Louis Panier

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