[Colloque] Les enfants déracinés - La transplantation des mineurs réunionnais

Publié le 22 août 2019 Mis à jour le 26 septembre 2019

La Convention internationale relative aux Droits de l’enfant fête ses 30 ans en 2019. La célébration de ce texte fondateur pour la protection des droits des enfants est l’occasion de revenir sur la transplantation de plus de 2 000 mineurs de La Réunion dans les départements ruraux de la Métropole de 1963 à 1982.

Date(s)

le 18 octobre 2019

Vendredi 18 octobre 2019
Ajouter à mon agenda 18-10-2019 18-10-2019 40 [Colloque] Les enfants déracinés - La transplantation des mineurs réunionnais La Convention internationale relative aux Droits de l’enfant fête ses 30 ans en 2019. La célébration de ce texte fondateur pour la protection des droits des enfants est l’occasion de revenir sur la transplantation de plus de 2 000 mineurs de La Réunion dans les départements ruraux de la Métropole de 1963 à 1982. UCLy
10, Place des Archives 
69002 LYON
Lieu(x)

Campus Saint-Paul

UCLy
10, Place des Archives 
69002 LYON
À cette occasion, l'Institut des Sciences de la Famille de l’UCLy, en partenariat avec le Centre de droit de la famille de l’Université Jean Moulin Lyon 3 et le Réseau Mémoria « Construction, déconstruction, reconstruction de la mémoire collective », organise un colloque intitulé "Les enfants déracinés : la transplantation des mineurs réunionnais". 
Ce colloque scientifique s’intéresse aux enfants réunionnais transplantés au XXe siècle.

De 1963 à 19821 , à l’instigation du BUMIDOM (Bureau pour la Migration dans les Départements d’Outre-Mer) l’Administration française (la DDASS) a envoyé 2 015 mineurs de La Réunion dans 83 départements ruraux de Métropole en proie au déclin démographique (tels que la Creuse). Les mineurs étaient issus de tous les milieux ethnoculturels réunionnais2 : Yab (créoles Blancs), Kaf (créoles africains et malgaches), Malbar (créoles indiens), Sinoi (créoles chinois). Certains étaient orphelins, d’autres étaient placés dans des foyers, d’autres encore vivaient dans des familles en situation de grande précarité socio-économique.

Officiellement, ces mesures visaient à sauver des mineurs défavorisés de la pauvreté et de la négligence, en leur offrant un lieu d’accueil propice à leur éducation. Dans les faits, ils ont été séparés de leurs racines familiales, de leur culture (pour celles et ceux qui furent transplantés au-delà de l’âge de 5 ans) et ont perdu tout lien avec leurs parents suivant la politique de l’ASE à l’époque où les spécialistes de l’enfance recommandaient de « couper l’enfant de son milieu naturel » afin qu’il s’adapte mieux et plus rapidement. À l’instar des pupilles métropolitains, mais avec en outre la distance avec leur île et un décalage phénotypique, culturel (…), la plupart d’entre eux ont souffert de la solitude, du racisme et peinèrent à trouver un travail.
Depuis une vingtaine d’années, des initiatives sont prises pour dénoncer ces transplantations de mineurs et demander réparation. à La Réunion comme en Métropole, une mémoire s’élabore.
Le 18 février 2014, une résolution a été votée à l’Assemblée Nationale : elle reconnaît notamment que « l’Etat a manqué à sa responsabilité morale envers ces enfants ». En 2016, une commission d’information sur le déplacement d’enfants réunionnais vers la France hexagonale a été créée pour éclairer scientifiquement cet épisode de l’histoire de France. Le comité d’experts a remis son rapport en 20183 : les auteurs invitent « les enfants de la Creuse» à sortir de leurs «épreuves par le haut, de se libérer des chaînes de la victimisation et de promouvoir la fraternité avec tous ceux qui comme eux souffrent aujourd’hui ».

Dans cet esprit, ce colloque se donne trois objectifs principaux :

1/ Faire mémoire
, en situant ces migrations de mineurs dans leur contexte historique, politique, juridique, sociologique. Nous chercherons à voir comment la mémoire des événements se construit. Quel est le rapport entre la mémoire individuelle, la mémoire collective et celle des proches4 ? Quelles représentations de ces évènements se sont élaborées ?

2/ Comprendre
, en se demandant comment s’est organisé le placement de ces mineurs, pour quels motifs ? Comment ont-ils vécu leur prise en charge par l’ASE ? Quels types de liens ont-ils noués avec leurs familles d’accueil ? Quelles furent les répercussions sur les individus : dans la construction des identités personnelles, le développement du sentiment d’affiliation, l’équilibre psycho-affectif, le parcours social et professionnel ? Quels furent les effets collectifs à court et moyen terme sur les populations des territoires concernés ? Quels dispositifs « pour réparer le passé et pour construire l’avenir5»?

3/ Comparer, en nous demandant dans quelle mesure ces pratiques ne furent pas un cas isolé mais font écho à des situations similaires6? Dans le Commonwealth, la déportation de mineurs remonte au XIXe siècle7. Des mineurs britanniques furent déportés dans les colonies anglaises8 et certains de ces enfants ont été envoyés au Québec. Quelles différences et quelles similitudes pouvons-nous observer entre la situation française des mineurs dits « de la Creuse » et celle des « petits immigrés anglais » ?

Si l’approche de ce colloque est résolument scientifique, nous susciterons également des partenariats avec des associations et organismes dédiés à ces problématiques. Une table ronde donnera la parole à des acteurs et des témoins de cet épisode de transplantation de mineurs de La Réunion.

(1) Si la grande majorité des transferts de mineurs réunionnais se sont accomplis sous le mandat de Michel Debré, ils commencèrent néanmoins avant que l’ancien premier ministre de Charles de Gaulle ne soit élu député de la première circonscription de La Réunion (1963).
(2) A ces mineurs réunionnais, il convient d’ajouter quelques enfants originaires de Madagascar et de l’Hexagone.
(3) Vitale Philippe (président), Bertile Wilfrid, Eve Prosper, Gauvin Gilles; 2018, Etude de la transplantation de mineurs de La Réunion en France hexagonale (1962-1984). Disponible sur : http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/184000184/index.shtml.
(4) Paul Ricœur, La Mémoire, l’histoire, l’oubli, Paris, Éditions du Seuil, 2000.
(5) Vitale et al., Ibid, p. 583
(6) D’autres migrations d’enfants ont existé. A titre d’exemple : les enfants migrants quittant l’Angleterre pour la Virginie (sa colonie, des 1618). En 1852, 200 garçons de 10-13 ans ont été envoyés à Alger afin de peupler la colonie française.
(7) La déportation des enfants couvre deux périodes : avant 1869 à la fin années 1930, puis après la seconde guerre mondiale (1947- 1967).
(8) Désignés sous l’appellation de « home children », leur nombre est estimé à 130 000 entre 1947 et 1967.

Programme


8h45 - Accueil

9h00 - Introduction
Professeur Olivier ARTUS, Recteur de l'UCLy
Valérie Aubourg, Directrice de l’Institut des Sciences de la Famille, enseignante-chercheure (HDR) en anthropologie, UCLy

AXE 1 : Faire mémoire


Présidence de séance : Bernadette Angleraud, Docteure et Professeure agrégée d’histoire

9h15 - «Les enfants de la Creuse» : un épisode de l’histoire de La Réunion révélateur de l’histoire de France
Gilles Gauvin, Docteur et professeur agrégé d’histoire, membre de l’ex-commission d’experts pour le ministère des Outre-mer sur le déplacement d’enfants réunionnais vers la France hexagonale (2016-2018).

9h45 - La transplantation de mineurs de La Réunion en France hexagonale (1962-1984) au risque de la science, du politique, des médias et des associations
Philippe Vitale, sociologue, Maître de conférences HDR, Université d’Aix-Marseille LAMES – UMR 7305, Président de l’ex-commission d’experts pour le ministère des Outre-mer sur le déplacement d’enfants réunionnais vers la France hexagonale (2016-2018).

10h15 - Les répercussions psychologiques d’un exil institué : une contrainte au récit
Marion Feldman, Professeure de Psychopathologie psychanalytique, Université Paris Nanterre, CLIPSYD – A2P

10h45 -  Approche historique des évènements et de leurs représentations parmi les travailleurs sociaux
Claude Prudhomme, Professeur émérite d’histoire contemporaine, Université Lumière Lyon II

11h15 - Echanges

Pause café

12h00 - Table ronde
Présidence de séance : Roger KOUDE, enseignant-chercheur (HDR) en Droit international, titulaire de la Chaire Unesco «Memoire, cultures et interculturalité» de l’UCLy

Valérie Andanson, ex mineure réunionnaise transplantée
Ericka Bareigts, Députée de La Réunion et ancienne Ministre des Outre-mer. Auteure-Rapporteure de la résolution visant à reconnaître la responsabilité morale de l’Etat français dans l’affaire des Réunionnais de la Creuse adoptée en 2014 à l’Assemblée nationale.
Mireille Juglaret, présidente de la Fédération des enfants déracinés des départements et régions d’outre-mer (FEDD)
Pierre Verdier, ex directeur de la DDASS de Moselle, avocat au barreau de Paris

12h45 - Echanges

13h15 - Déjeuner libre

AXE 2 : Réparer


Présidence de séance : Pascale Boucaud, Doyen du pôle Droit, Sciences économiques et Sociales de l’UCLy

14h30 - Approche juridique du cadre institutionnel : les moyens permettant la réparation
Hugues Fulchiron, Professeur de droit privé, directeur du Centre de droit de la famille Université Jean Moulin Lyon 3. Directeur du projet IDEX «Mémoire : construction, déconstruction, reconstruction de la mémoire individuelle et collective», Université de Lyon

15h00 - La place du témoignage dans la construction de la mémoire
Elisabeth Joly-Sibuet, Maître de conférences (HDR) en droit pénal international à l’Université Jean Moulin Lyon 3, Co-directrice du Centre de Droit Pénal.

Pause

AXE 3 : Comparer


Présidence de séance : Laurent SERMET, Professeur de droit public, IEP d’Aix en Provence

15h45 - Des Pensionnats amérindiens aux Enfants de la Creuse : les enjeux d’une réconciliation possible. Propositions à partir d’une mise en perspective anthropologique des deux tragédies anicinabe (Quebec) et réunionnaise
Jacqueline Andoche, Maître de conférences en anthropologie, université de La Réunion

16h15 - L’émigration organisée des jeunes femmes célibataires vers les colonies en France et en Angleterre à la fin du XIXe siècle
Véronique Molinari, Professeure de civilisation britannique, université de Grenoble

16h45 - Echanges

17h30 - Conclusions
Fabrice Toulieux, enseignant-chercheur en droit international privé, UCLy

18h00 à 19h00 - Bilan de la journée et perspectives
Échange convivial (salle Vicat)
Ouvert à tous