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[PROJET DE RECHERCHE 2019-2020] Nature Apocalyptique. Végétal et Fin du monde

Publié le 4 juillet 2019 Mis à jour le 4 juillet 2019

Découvrez le nouveau projet de recherche de l'équipe Humanisme sur la "Nature apocalyptique. Végétal et fin du monde".

Lieu(x)

Campus Carnot

La crise environnementale que nous traversons aujourd’hui nous force à envisager dans une perspective renouvelée l’idée de fin du monde. La conviction que la planète aurait atteint ses limites constitue ainsi le nouveau paradigme de la littérature écologique, et plus particulièrement encore des écoapocalypses littéraires, qui lèvent le voile sur la nature humaine saisie en ses pires défauts. On ne compte plus désormais les ouvrages scientifiques qui s’intéressent au motif de la fin du monde dans de nombreux domaines artistiques, de la littérature esthète à ses formes les plus populaires, l’enjeu étant aussi de s’affranchir des hiérarchies littéraires communément admises. L’homme, considéré désormais comme une force tellurique à part entière, est y toujours désigné comme le principal responsable de la destruction de la terre.

Les invariants transhistoriques d’un imaginaire eschatologique n’occultent donc ni la spécificité des enjeux environnementaux contemporains, ni la singularité de la littérature qui s’en fait l’écho, mais permettent d’observer comment ce corpus interroge à nouveaux frais le rapport de l’homme à la nature. Dès lors, la présence d’un bestiaire apocalyptique nous semble familière, tant du point de vue de son hypotexte le plus connu – l’Apocalypse de Jean notamment multiplie les références animales, communes ou monstrueuses, domestiques ou sauvages – que de ses réécritures dans la littérature contemporaine.

Dans la même perspective, la figuration du végétal dans les récits de fin du monde semble tout aussi digne d’intérêt. Si le végétal est quasiment absent de l’Apocalypse de Jean, les passages apocalyptiques des prophètes juifs – Isaïe et Jérémie en premier lieu – exploitent bien davantage ce motif de la transformation des campagnes fertiles en désert, des arbres fruitiers et des vignes devenus stériles, de « l’herbe desséchée », des végétaux fanés. Et d’annoncer, avec un futur à valeur prophétique, que « les plantes languiront et toute la verdeur de la terre s’évanouira », tandis que « les ronces et les épines couvriront toute la terre ».

On peut alors se poser les questions suivantes : quel est le lien spécifique qui unit le végétal et le motif apocalyptique ? la flore et l’humanité en crise ? Car la littérature interroge l’action humaine et ses conséquences sur le végétal. La crise environnementale et l’écologie nous ont obligés à renouveler notre compréhension du règne végétal et surtout – tel est l’apport des recherches récentes en botanique – son interaction avec le reste du monde. La littérature peut s’avérer le reflet d’une conscience de leur statut de « conditions de possibilités absolues de la vie et de l’existence humaine sur terre » qui les catapulte « du rôle de simple décor à celui d’acteurs occupant le devant de la scène » (Q. Hiernaux, Philosophie du végétal, 2018).