Une cantate à trois voix : le psaume 90 (91)

Revue Sémiotique et Bible

François GENUYT (CADIR-Lyon) propose du Psaume 90 (91) une lecture particulièrement attentive aux marques de l'énonciation. Dans ce psaume en effet, le discours se développe autour de trois instances d'énonciation qui partagent le texte en trois séquences. Le lecteur s'invite à une pièce de théâtre en trois actes. En place d'énonciataire, il écoute les voix qui passent de parlant à parlant sans avoir affaire à un dialogue proprement dit. Une première instance, le « Fidèle », première voix à se déclarer, proclame l'absolue sécurité qu'il éprouve à proximité de son interlocuteur divin. Mais dans cette séquence, seule la parole du Fidèle soutient la vérité de son dire. A quelles conditions pourra-t-elle se maintenir ? Une autre instance prend en charge une deuxième séquence. Le discours du « Sage » s'adresse au Fidèle qui vient de déclarer sa confiance en Dieu. Il s'emploie à le conforter en énumérant la liste des périls auxquels il échappera grâce à la protection divine, et en lui faisant constater le salaire des impies dont le châtiment mérité est à la mesure de l'impiété. Une troisième instance fait rupture avec les précédentes, une « Voix » étrangère s'ajoute au dialogue échangé entre les deux premiers parlants, elle ne s'adresse ni à l'un ni à l'autre. La Voix nouvelle met en scène un personnage désigné par « il ». Elle parle de lui, elle ne lui parle pas. Tout ce qu'elle énonce relève de la promesse.

L'article s'attache alors à l'effet (énonciatif) du nouage, du « cantique » de ces trois voix dans le psaume. Le dispositif d'énonciation fait entendre à l'auditeur-énonciataire l'urgence à déplacer le curseur de son identité. Le discours du Sage (2ème voix) le fixait sur son intégrité physique. A la limite, le Fidèle (1ère voix) pouvait jouir de la vie au milieu d'un champ de morts (v. 7). L'intervention de la 3ème voix l'oblige à un déplacement. Elle le fait transiter de cette première identité, où il s'imaginait être « un » sans les autres, à une seconde où, déplacé, il lui est donné de vivre « un parmi d'autres ».

  • Dates
    Paru le 10 juin 2011
  • Auteur(s)

    François Genuyt

  • Éditeur
    Université Catholique de Lyon
  • Références
    n°142