XXII-2 "L'Esprit Saint, principe de réforme ou de conservatisme ?" (2017)

Créé le 14 novembre 2017

Revue Théophilyon

Sommaire

Résumé des articles du dossier

 

François LESTANG, Esprit saint et institution dans les Actes des apôtres

« Il a paru bon à l’Esprit Saint et à nous de ne rien vous imposer, si ce n’est… » (Ac 15,28)
Quel rapport peut-on établir, dans les Actes des Apôtres, entre autorité apostolique et présence de l’Esprit saint ? L’une des deux a-t-elle la précédence sur l’autre ? Pour étudier ces questions, il faut remonter au début de l’oeuvre lucanienne pour y étudier la manière de présenter l’action de l’Esprit de Dieu au long de son diptyque, d’abord dans les personnages, comme force prophétique, puis en tant que personne, l’Esprit allant jusqu’à intervenir pour diriger ou pour bloquer la mission paulinienne. On constate aussi que l’expression d’une plénitude de l’Esprit, assez courante dans ces textes, n’habilite pas à un ministère de gouvernement, et que l’institution à un ministère, qu’il soit d’apôtre, d’évangéliste ou d’ancien n’est pas narrativement liée à la présence de l’Esprit. Mais dans le discours réflexif sur cette institution, l’autorité fait bien intervenir l’Esprit comme acteur principal de ce don.
         Un deuxième moment de l’étude parcourt les différentes effusions de l’Esprit au long du livre des Actes, pour y comprendre le lien entre l’autorité de l’Esprit et l’unité de l’Eglise. Que ce soit à Jérusalem, où la communauté primitive vit un partage des biens inspiré et garanti par l’Esprit, ou dans les déplacements des frontières et des modalités de la mission, en Samarie, dans la plaine côtière ou en Asie mineure, l’Esprit saint se manifeste à la fois comme celui qui permet l’unité de la communauté et celui qui manifeste aux disciples l’au-delà de leurs compréhensions, les déplaçant intérieurement et extérieurement, et ouvrant l’Eglise au-delà des frontières ethniques. Là encore, le discours rapporté manifeste à quel point la formule « l’Esprit Saint et nous » caractérise la mission de l’Église lucanienne.


 

Jean-François CHIRON, Esprit saint et Église : appel à la réforme ou légitimation du statu quo ?

Il est permis de se demander si, dans l’histoire de la théologie, l’Esprit Saint a été invoqué pour susciter et soutenir des mouvements de réforme de l’Église, ou au contraire pour légitimer un statu quo institutionnel. Les différentes confessions chrétiennes ont à cet égard des traditions différentes, la perspective protestante soumettant radicalement l’Église à la liberté de l’Esprit. Un auteur comme Y. Congar a voulu, à la fin de sa carrière de théologien, faire une place plus grande à l’Esprit Saint dans l’Église, prolongeant et approfondissant les intuitions de Vatican II, et cela dans une perspective de réforme. Mais il apparaît qu’une ecclésiologie aussi pneumatologique que celle de J. Zizioulas semble récuser tout appel à l’Esprit dans une perspective de réforme de ce qui, dans l’Église, est véritablement structurel. Il s’avère donc que la référence à l’Esprit peut, quant à son action sur l’Église, prendre des intonations bien différentes.


Élisabeth BONCOUR, L’Esprit Saint comme principe réformateur chez Marguerite Porète

L’Esprit-Saint est, sous diverses appellations traditionnelles telles l’Amour ou la Charité, présent dans le Miroir de Marguerite Porète. Celle-ci lui donne d’abord un rôle conducteur : il est celui qui permet à l’âme du fidèle de se dépouiller de tout ce qui revêt la finitude circonscrite du créé afin de cheminer vers l’Absolu. Cette pérégrination de l’âme mue par la grâce de l’Esprit s’achève par son inhabitation en l’âme qui, enflammée par l’amour divin, se consume en lui et s’y unit.


Isabelle CHAREIRE, L’Esprit de reconnaissance. L’ambivalence de l’Esprit saint et son rapport à la médiation christique

Le rôle de l’Esprit nous apparaît ambivalent : il accomplit une révélation qui attend sa plénitude, il unit là même où il distingue et c’est au lieu même de la singularité qu’il universalise. Cette ambivalence suscite deux postures théologiques : l’une qui oriente le travail de l’Esprit selon une visée de réintégration unitive à laquelle correspondent des trajectoires selon un modèle conservateur et l’autre qui, au contraire, souligne sa volonté innovatrice et privilégie des mouvements de rupture réformatrice. Néanmoins, la distinction est à subtilement penser. Pour approfondir ce paradoxe, on recourt ici à la notion de kénose telle qu’elle est mise en oeuvre par Serge Boulgakov ; cet éclairage permet de comprendre que l’Esprit est essentiellement reconnaissance. Il convient alors de reprendre les multiples résonnances que Paul Ricoeur a su faire jouer à cette notion pour comprendre l’enjeu de cette dialectique entre conservatisme et réforme que l’on attribue à l’Esprit saint.


Pascal MARIN, La grammaire du Saint-Esprit et son actualité pour l’anthropologie philosophique

L’universel de mode scientifique a fait la preuve de son incapacité à prendre en considération les enjeux de vie de l’existence humaine. Il promeut bien au contraire à présent une dissolution du sens de l’homme dans le vivant et la machine. Un autre sens de la rationalité pour un universel à visage humain doit donc être promu aujourd’hui. L’article explore pour cela les conditions d’usage des ressources de la sagesse biblique pour l’anthropologie philosophique. S’y annonce