XXI-2 "Que ton nom soit sanctifié". Du blasphème (2016)

Créé le 13 décembre 2016

Revue Théophilyon

Sommaire

Résumé des articles du dossier

 
Philippe Abadie, Pour l’honneur de mon Nom
Selon la Bible le nom est étroitement lié à l’existence. Aussi, dans un premier temps, l’auteur interroge-t-il le sens qu’il convient de donner à la nomination divine « Je suis qui je serai » (Ex 3, 14) avant d’examiner la manière dont le livre de l’Exode fait passer de la nomination du « Dieu jaloux » (Ex 20, 5-6) au « Dieu miséricordieux » (Ex 34, 6-7). A cette double lumière, il aborde alors l’usage du nom divin dans l’histoire d’alliance à partir du livre d’Ezéchiel, notamment l’oracle d’Ez 36, 16-38 où le moteur de l’agir divin est la préservation de la sainteté de son nom. Il ressort de cette étude que Dieu se livre par son nom à l’humanité tout en sauvegardant la sainteté qui lui est liée.
 
Isabelle Chareire,  Le Verbe et la violence. Du blasphème
L’article a pour objet d’examiner les attendus de la notion de blasphème et, derrière les blasphèmes de papier, d’en dégager la dimension ontique. Une brève étude de vocabulaire permet de souligner qu’il n’y aurait pas de blasphème sans la puissance même de la parole ; l’article évoque alors diverses formes et conceptions du blasphème.  Une deuxième partie examine les enjeux de sens et de violence portés par la dérision et par la parole blasphématoire ainsi que par leur répression. Enfin, on examine comment le christianisme désigne  la véritable violence blasphématoire : puisque la Parole s’est faite chair, toute atteinte à la personne humaine est blasphématoire car elle est atteinte à l’image de Dieu.

Élisabeth Boncour, Lorsque la louange est blasphème et le blasphème louange. Remarques sur la condamnation de quelques propositions eckhartiennes.
Le blasphème au Moyen Âge est considéré par les théologiens et les juristes canonistes comme une insulte offensant la divinité, la Vierge et les saints. En particulier, Thomas d’Aquin dans la Somme de Théologie montre qu’il est le fruit d’une volonté perverse, négation publique et proférée de la « confession de foi » et de l’amour divin. La bulle In agro dominico, retient des propos eckhartiens comme erronés ou « entachés d’hérésie ». Néanmoins, s’il est vrai que le style excessif du maître peut choquer certaines consciences religieuses, compte n’est pas tenu dans cette condamnation d’une haute tradition théologique : l’apophatisme. C’est dans une telle optique que nous souhaitons resituer la pensée eckhartienne, qui, loin d’être blasphématoire, relève au contraire d’une reconnaissance d’un Dieu caché, transcendant qui est, en même temps, louange.
 
Jérôme Cottin, Œuvres «blasphématoires» : un problème de réception, non de création
 
La notion ambiguë et complexe de « blasphème » sera doublement explorée : à partir de la Bible, qui l’a rendue caduque par une inversion des valeurs (le blasphémateur s’avère être le vrai témoin, et les accusateurs les vrais blasphémateurs), puis en prenant acte du fait que les  Avant-gardes artistiques du début du XXe siècle firent de la provocation et du scandale l’un des ressorts de la création artistique. Quittant le général pour le particulier, nous pourrons alors penser les mécanismes de la création artistique contemporaine à partir de quelques exemples provocateurs ou ressentis comme tels dans les milieux d’Eglise. L’étude d’œuvres incriminées, ainsi que l’évolution du regard que la société porte sur elles dans la durée, montrent que le problème se situe moins au niveau de leur création que de leur réception, dans un temps, un espace et un contexte particuliers. Pour éviter ces erreurs de lecture, il nous faut apprendre à comprendre et à interpréter l’art contemporain, en découvrant ses possibles relations au religieux en général, au christianisme en particulier.
 
Brigitte Basdevant, Histoire juridique du blasphème : péché, délit, liberté d’expression ?
À partir de l’histoire juridique  –canonique et civile¬– du blasphème, l’article propose d’éclairer les enjeux d’une telle législation pour la société. Comment concilier les mesures protectrices dues à la religion et la liberté d’expression ? La question est d’autant plus délicate que des enjeux politiques ne sont jamais loin. En ce sens, la Révolution française opère une fracture qui délie politique et religion. Avec nuances, l’auteur retrace l’évolution complexe de la législation française jusqu’à nos jours.