Témoins de la guérison sur Internet - Faut-il renoncer à juger les faits de culture ?

Créé le 5 juillet 2016

La revue de l'Université Catholique de Lyon - juin 2016 - n°29

 

 La vie comme quête de sens

La vie a ses langages. Nous le savons, le vivant humain, du fond de sa propre vie, affirme sa subjectivité dans de multiples manières d’être au monde. Chacune de ses affirmations constitue une forme de langage (rapport de communication, au sens large du terme) qui exige d’être reconnue, identifiée et légitimée par sa société d’appartenance. Il en va ainsi de la sexualité, du travail, de l’art, de l’économie, de la science et de la technique, du politique ou de la religion.

Plus profondément, ces tournures de langages manifestent avec force que l’homme s’offre comme un être herméneutique. Il ne cesse non seulement d’interpréter son mode, mais de s’interpréter lui-même en relation avec autrui dans l’espace – temps où il projette son existence contingente. Sans entrer dans les riches analyses de la Phénoménologie et de l’Herméneutique qui qui révèlent l’extraordinaire dynamisme de l’interprétation à l’œuvre dans la vie humaine, il y a possibilité de reconnaître les différentes expressions du sens (signification/orientation) que le sujet se donne au cœur même de sa propre vie :

  • le sens comme « parfum de l’existence » s’identifie à une forme d’adéquation émotionnelle de soi à soi dans un moment intense de la vie, un moment d’éternité qui remplit la vie où rien n’est à chercher, à la manière d’une saturation éphémère du désir ;
  • le sens « bricolage » en référence à des valeurs indicatives de la vie bonne et extraites de l’expérience de l’humanité et de ses multiples traditions culturelles, se présente comme la possibilité d’initier et d’éclairer des comportements, des relations, des projets, des actions,… bref des positions existentielles réfléchies qui configurent une vie avec autrui dans un monde historique déterminé ;
  • le sens « au long cours » est celui qui saisit l’existence en son entier et l’ouvre à une destinée transcendantale ; il a ses sources dans les philosophies, les sagesses, les religions et produit de multiples métamorphoses dans l’existence, conférant à la vie humaine une dimension métahistorique.

En somme, la vie est exigence de sens. Elle appelle quotidiennement une conquête et une reconquête du sens. Certes existent des formes (du sens) plus audacieuses que d’autres, plus créatrices que d’autres, plus ennoblissantes que d’autres. Mais l’évidence est là : en absence de sens la vie désespère d’elle-même et se courbe devant la mort.

Pr. Pierre Gire,

Directeur de la Recherche