L'Interculturel - La Bilbiothèque Universitaire Henri de Lubac

Créé le 15 janvier 2016

La revue de l'Université Catholique de Lyon - décembre 2015 - n°28

En raison de la mondialisation de l’économie, du développement des technologies de l’information et de la communication, du partage universel des savoirs et des techniques, de la circulation planétaire des idées philosophiques, religieuses, artistiques ou politiques, l’interculturel est devenu un phénomène humain qui saisit la vie des sociétés contemporaines. Il est difficile aujourd’hui de penser la possibilité –excepté sous une forme imaginaire- d’une culture « non-métissée » et exempte de toute influence extérieure.

L’interculturel, présenté comme interférence des cultures, s’identifie à la caractéristique actuelle de toute culture envisagée sous la forme d’un ensemble complexe d’objets, de représentations et de pratiques propres à un groupe social dans un espace-temps déterminé. (« la culture c’est la mémoire du peuple, la conscience collective de la continuité historique, le mode de penser et de vivre », Milan Kundera, in Le Monde, 19 janvier 1979). Mais il est vrai que nous assistons à une immense mise en réseau de la planète ou l’espace et le temps perdent leur capacité de contrainte dans les rapports humains individuels et collectifs.

L’interculturel, interprété comme la rencontre et le dialogue des cultures, rend possible, par sa dynamique propre, une reconnaissance réciproque, un enrichissement mutuel, une interrogation commune, autant dire un mouvement de créativité à l’échelle du monde. Mais il y a là quelques risques à ne point mépriser pour les cultures prises dans ce dynamisme, à savoir les dangers que représentent le relativisme, le syncrétisme, la confusion… en somme, l’effacement des spécificités de chaque culture au bénéfice d’une homogénéisation culturelle appauvrie ou d’une culture dominante stérilisante. (« Tout en assimilant le meilleur de la culture étrangère, nous devons garder le meilleur de la nôtre », Onuora Nzekwu).

Comment pouvons-nous nous préserver de ces écueils et engager une histoire créatrice et bénéfique pour l’humanité ? sans soute avons-nous besoin de construire des médiations institutionnelles solides, d’élaborer des projets communs, de maintenir, envers et contre tout, une vraie dialectique de la singularité et de l’universalité qui permette d’honorer la spécificité de chaque culture et d’ouvrir celle-ci à la richesse des autres dans l’exigence d’ennoblissement de l’humanité.

Pr. Pierre Gire, directeur de la Recherche