Big Data et vie privée, L'héritage en biologie et la contribution à l'héritage reçu, 1875 - 2015 : les 140 ans de l'enseignement du droit à l'Université Catholique de Lyon

Créé le 16 mars 2018

La revue de l'Université Catholique de Lyon - juin 2017 - n° 31

Entre Vie et Histoire, la mission de l’Université

 

 

L’évolution actuelle des sciences et technologies, des big data à la biologie, l’histoire de l’Université Catholique de Lyon à travers la naissance et le développement de la plus ancienne de ses Facultés, tel est l’objet des contributions propres à ce numéro, illustrant ainsi le couple recherche-formation qui est au fondement de l’Université.

Le Pôle Sciences est à l’honneur, d’abord avec l’article « big data et vie privée » de
M. Guillermin et T. Magnin, membres de l’équipe GEEST du Laboratoire de biologie générale de l’UCLy. L’accumulation des « big data » liée au développement du numérique et à ses multiples usages, de la médecine à l’exploitation commerciale, pose un problème de protection des données en même temps que d’usage de ces données en-dehors de leur contexte initial. Mais surtout, tout en effaçant de plus en plus la frontière entre privé et public, et en faisant entrer dans la sphère de l’intimité personnelle, cette accumulation  risque d’oblitérer de plus en plus le rapport aux personnes en tant que personnes singulières, non réductibles à des catégories statistiques et des algorithmes. L’illusion, bien connue en sciences humaines,  d’une « objectivité » totalement « neutre », peut ainsi conduire au rêve d’une médecine « automatisée » ou d’un management « scientifique » perdant de vue les choix, les sélections, les finalités commandant la collecte des big data et leur usage. Il importe donc de plaider pour une coconstruction sociale de ces systèmes de données, de voir dans les big data une nouvelle forme des « biens communs » (« commons ») dont l’économie, l’écologie et la politique contemporaines tendent à redécouvrir l’ampleur, obscurcie par les modèles individualiste aussi bien que technocratique.

 

La contribution de Béatrice de Montéra, membre également du Laboratoire de la Faculté des Sciences, sur « L’hérédité en biologie », vise quant à elle à souligner les limites d’un modèle mécaniste, et encore plus prédictif, de la transmission génétique. Les découvertes de l’épigénétique contemporaine tendent en effet à montrer l’influence de l’environnement, du milieu, sur l’expression de nos gènes. Même le clonage ne provoque pas de répétition et de contrainte absolues d’un individu à un autre, ce qui vérifie l’extraordinaire « plasticité » du vivant, et sa capacité à échapper à un déterminisme inéluctable. De ce point de vue, tout vivant est un ensemble de capacités de réponse, d’adaptation à un milieu. Si le vivant ne choisit pas son héritage biologique, il le transforme au long d’un processus d’individuation qui, comme l’a montré le philosophe G. Simondon, laisse toujours une marge d’indétermination ouverte devant lui.

 

L’histoire d’une Faculté, celle d’une Université, ne ressemble-t-elle pas à celle d’un être vivant ? Tel est le sentiment que l’on a à la lecture du beau dossier sur « les 140 ans de l’enseignement du droit à l’UCLy » coordonné par L.D. Mika-Tshibende et nos collègues de la faculté de Droit, à la suite de la célébration en 2015 des 140 ans de la Faculté née en 1875. Cette histoire, dont les étapes sont retracées par le Père D. Moulinet, Professeur d’histoire à la Faculté de Théologie, commence par l’action de laïcs catholiques (avocats notamment) qui vont réussir à créer la première faculté de droit lyonnaise et à donner l’impulsion nécessaire à la création de l’Université Catholique comme telle. La Faculté passera par plusieurs crises, jusqu’à sa transformation en divers Instituts, puis sa renaissance en 1996, grâce à
P. Boucaud. Une histoire dont Emma Gounot, grande figure de la Faculté à la suite de son père Emmanuel Gounot (dont une loi sur la famille porte le nom), reprend le fil pour la période qu’elle a vécue directement, de 1934 à 1984, soulignant notamment le rayonnement qu’a eu, pour le catholicisme social lyonnais, « l’Institut Social », animé successivement par E. Gounot, G. Blardone et J. Folliet, puis l’Institut des Sciences de la Famille créé en 1971, qu’elle dirigea pendant de longues années. La contribution de B. Barthelet, ancienne enseignante  à l’ISF, retraçant  l’histoire de cet Institut qui n’a cessé de se renouveler et de s’adapter aux évolutions sociales et juridiques concernant la famille, puis celle de F. Nykiel, enseignante de droit à l’ESDES, montrant comment l’enseignement du droit s’adapte et s’articule à l’ensemble de la formation d’une Business school, illustre bien la vitalité de la tradition créatrice portée par la Faculté depuis un siècle et demi. Puisse-t-elle être et rester un exemple pour ceux qui portent le flambeau aujourd’hui, ceux qui le porteront demain, et pour l’ensemble de l’Université !

 

Ce numéro, informant ensuite des publications collectives et individuelles des enseignants-chercheurs de l’UCLY, se termine par une rubrique traditionnellement appelée « nécrologie » mais que l’on aimerait rebaptiser « source de vie ». Une coïncidence fait que ce même numéro contenant l’intervention d’Emma Gounot pour les 140 ans de la faculté de Droit soit en effet celui où nous faisons aussi mémoire de son départ, survenu le 10 février 2017. Les témoignages recueillis disent assez combien elle aura marqué l’histoire du droit, des sciences humaines et du catholicisme social à Lyon, et peut-être plus encore combien elle a marqué ceux qui l’ont connue. Il en est de même d’Anne-Marie Vurpas (1923-2017), longtemps chercheuse à l’Institut Pierre Gardette, auteur de nombreux travaux sur l’histoire du franco-provençal et la toponymie régionale. Deux beaux exemples de figures universitaires féminines engagées dans cet élan de « l’intelligence au service de l’homme », qui restent vivants parmi nous, et que l’UCLy a pour vocation de poursuivre.

 

 

 

Emmanuel Gabellieri,

Vice-Recteur chargé de la Recherche