Le vertige de l'innocence

Créé le 7 décembre 2011

Revue THÉOPHILYON

La modernité entend délivrer l'homme de la culpabilité, fardeau qui serait d'essence religieuse et nous empêcherait de goûter pleinement au bonheur. Le discours médiatique dominant met systématiquement en avant le thème de l'innocence, présentée comme une conquête permise par la sécularisation de nos sociétés. Il s'agit d'aller sans cesse plus avant dans ce processus de « déculpabilisation », que ce soit à propos du sexe, de l'argent, de l'individualisme, de l'inégalité, etc. Adressé quotidiennement à l'opinion publique, ce discours conduit à une représentation du mal comme « extérieur » à chacun de nous. Il serait uniquement présent chez l'autre, le monstre, le criminel né, etc. Ainsi se trouve confortée une logique exterminatrice : éliminons l'autre et le monde se portera mieux. Pareille folie nous invite à une relecture exigeante du concept chrétien et salvateur de « péché originel ».

Summary The giddiness of guiltlessness Modern thinking tends to free man from guilt, a burden which would be of a religious essence and which would prevent us from reaching complete happiness. The dominant discourse from the media systematically puts forward the theme of guiltlessness, shown as a conquest enabled by the fact that our societies have become secular. The point is to go deeper and deeper into that process of guilt removal whether it is about sex, money, individualism, and inequality etc. Directed daily to public opinion, this discourse leads to a representation of evil as external to each of us. Thus present only in the other, the monster, the born criminal, etc. Thus an exterminatory logic is strengthened:  the other is to be eliminated and the world will be better. Such madness invites us to a new demanding reading of the Christian - and redeeming - original sin concept.

  • Auteur(s)
    Jean-Claude Guillebaud
  • Éditeur
    Université catholique de Lyon
  • Références
    Tome XVI-2 L'opinon publique, sans anathème ni vénération