Le christianisme a-t-il une âme ?

Revue THÉOPHILYON

Résumé : Cet article s'interroge sur le langage de l'âme, traditionnel en théologie chrétienne depuis les Pères de l'Église. Ceux-ci semblent en effet avoir adopté assez vite l'idée grecque de l'immortalité de l'âme, considérée comme une partie intégrante de la foi. La contestation de la notion d'âme en anthropologie et de son immortalité en exégèse, oblige à faire une relecture critique de cette opinion reçue. Un parcours dans les textes patristiques, des deuxième et troisième siècles essentiellement, montre qu'à travers le langage de l'âme, les Pères ne visaient pas forcément le sens platonicien que l'on est prompt à soupçonner, et en particulier que ce langage n'implique pas chez eux de dualisme. Les auteurs chrétiens sont volontiers libres par rapport aux doctrines philosophiques (ils ne cherchent pas l'obédience à telle ou telle école, mais prennent leur bien où et comme ils le veulent), leur véritable critère est la conformité à l'Écriture. L'usage, à partir du quatrième siècle surtout, de la comparaison entre le Christ, homme et Dieu, et le composé humain, corps et âme, montre à quel point ledit composé est ressenti comme indissociable, puisqu'on recourt au modèle qu'il représente pour mieux dire l'engagement absolu et définitif de Dieu dans la chair, sans pour autant retenir l'idée d'une préexistence de l'âme que la comparaison aurait pu suggérer.

Summary : Has Christianity a soul ? This article wonders about the language of the soul, which has been traditional in Christian theology since the time of the Church Fathers. The latter seem indeed to have rather soon adopted the Greek notion of the immortality of the soul, considered as an integral part of faith. The questioning of the notion of soul in anthropology and its immortality in exegesis compels us to do a critical rereading of this generally accepted opinion. Reading through patristic texts, essentially of the second and third centuries, shows that through the language of the soul, the Fathers did not necessarily have in mind The Platonic meaning that one is quick to suspect, and in particular that this language does not imply dualism in their thinking. Christian authors are willingly free towards philosophical doctrines (they don't look for obedience to such or such school, but they make their own what they find good where, and as, they like), their real criterion being faithfulness to the Scriptures. The use, mostly from the fourth century onward, of the comparison between Christ, man and God, and the human compound, body and soul, shows to what degree that compound is felt as indissociable, since these authors resort to the model He represents to assert more strongly the absolute and final commitment of God in the flesh without for all that implying a pre-existence of the soul that the comparison might have suggested.

  • Dates
    Paru le 30 juin 2006
  • Auteur(s)

    Bernard MEUNIER

  • Éditeur
    Université Catholique de Lyon
  • Références
    Tome XI - 2 - La résurrection : enjeux anthropologiques