La Bible comme lettre d’amour volée

Revue Sémiotique et Bible

Résumé :

Anne FORTIN avec la collaboration de Christine Laflèche (Université Laval à Québec) publie ici, avec quelques modifications un texte tiré de : Anne Fortin et François Nault, éd., Dire l'impensable. L'Autre. Pérégrinations avec Raymond Lemieux, Montréal, Médiaspaul, 2004, pages 71 à 116. Cet article s'interroge sur un double paradoxe, celui de la Bible d'abord dont les textes comme autant de « lettres d'amour volées », arrivent à destination après avoir été détournées, après avoir été invisibles parce que trop « évidentes » au milieu de notre culture, après avoir contrarié, faussé la trajectoire prévue. Elles arrivent à parler là où on ne les attend pas, au lieu d'un désir qui les attend dans leur souffrance. Autre paradoxe, celui du récit connu sous l'appellation « évangile selon Marc » qui raconte l'échec de la prise de parole dans un temps donné, du début de la vie publique de l'acteur Jésus à sa mort sur la croix : il est l'illustration d'un parcours de la parole en manque de reprise par des énonciataires qui ont à se faire énonciateurs à la suite de l'énonciation du texte. Cette histoire d'un échec est mise en discours. Le texte se laisse par contre aussi appréhender comme une annonce qui sous-tend le récit et qui vise à dire qu'il est possible de parler, malgré la mort, malgré la peur, malgré le silence. Cette lecture de Marc, très attentive à la tension, à l'« oxymore », entre le « récit » et l'  « énonciation » propose ainsi un geste théologique. Qui prendra le risque d'inscrire son acte de parole dans le mouvement d'une parole donnée ?

  • Dates
    Paru le 10 mars 2006
  • Auteur(s)

    Anne Fortin

  • Éditeur
    Université Catholique de Lyon
  • Références
    n°121