Témoignage Caroline Bouin - DU philosophie de l'ostéopathie

Publié le 11 avril 2016 Mis à jour le 21 juillet 2017
1) Comment avez-vous eu connaissance du DU « Philosophie de l’ostéopathie » ?
J’ai tout d’abord découvert l’existence de Jean-Marie Gueulette lorsque j’étais en quatrième année d’école, en lisant son livre « L’ostéopathie une autre médecine », qui m’a passionné et m’a montré une toute nouvelle façon de penser l’ostéopathie, tout en montrant de la rigueur dans la réflexion. J’ai ensuite appris par un ami que Jean-Marie créait un nouveau D.U ouvert aux ostéopathes l’année dernière. Nous lui avons fait une place dans le journal de mon école et l’avons interviewé pour en savoir plus sur son parcours et le contenu de la formation. Conquise, j’ai ensuite attendu avec impatience d’obtenir mon diplôme pour pouvoir sauter sur les inscriptions !
 
2) Pourquoi vous êtes-vous inscrit à cette formation ?
Avant tout, j’ai toujours aimé écrire et faire de la philo, mais il est difficile de s’exercer sans avoir de sujet précis à développer, sans un cadre pour être aidé et stimulé. J’ai adoré les études d’ostéopathie mais il m’a manqué une véritable réflexion sur ce qu’est ce métier, et un moyen de prendre du recul pour réfléchir à tout cela. C’était pour moi une véritable frustration car au fur et à mesure de l’avancement des années, certaines questions n’étaient pas approfondies, et je sentais qu’il existait dans le milieu ostéopathique une sorte de mystère inavoué, certains aspects non assumés ou pas clairement définis. Nous manquions de langage.
 
3) Que vous apporte cette formation par rapport à votre formation initiale d’ostéopathe ?
A l’école, nous avons dû nous débrouiller seuls avec nos questions, réfléchir entre amis ou parfois avec certains profs. La diversité des discours, des techniques enseignées et des points de vues nous mettait dans le flou. Les profs se contredisaient, mais ne pouvaient pas nous expliquer pourquoi cette contradiction était acceptable. Il existait un tiraillement palpable entre la volonté de se faire accepter du milieu médical et une volonté de conserver l’essence de l’ostéopathie. Je suis arrivée à l’apogée de mes questionnements lorsque j’ai dû rédiger un mémoire avec les outils de la médecine pharmacologique pour étudier cette médecine holistique. Un comble pour une médecine holistique : la formation fournissait des bribes, des parties de ce qui constitue l’ostéopathie, sans que nous puissions avoir une vision d’ensemble. Grâce à ce D.U, j’arrive à organiser mes idées, je sors du brouillard pour mieux formuler ce que je fais, et surtout je peux échanger avec des ostéopathes confirmés et des professionnels sans langue de bois. Je réalise maintenant que ce travail m’était indispensable pour évoluer dans ma pratique. Je vais donc militer pour rendre obligatoires des cours de philosophie de l’ostéopathie dans les écoles !
 
4) Y a-t-il déjà pour vous une forme de mise en application de ce que vous travaillez au DU dans votre quotidien d’ostéopathe ?
Les enseignants du D.U nous rassurent beaucoup sur notre place et notre légitimité à faire ce métier : le doute devient alors non plus un frein mais un moteur. Quand on a confiance, on est meilleur. J’ai aussi réalisé que le fait d’éclaircir ma pensée et de peser chacun de mes mots me permettait de mieux expliquer aux patients ma pratique, et améliorait donc ma prise en charge. Le dialogue avec les autres professions de santé est aussi bien plus simple, et permet d’apaiser de possibles tensions par le dialogue. On a étudié au D.U les relations entre le corps et l’esprit, qui finalement sont difficilement dissociables. J’en ai fait l’expérience très rapidement : le fait de faire de la philosophie de l’ostéopathie a changé ma manière de pratiquer. Je suis probablement plus à l’écoute, simplement. Finalement, je trouve aberrant dans l’enseignement d’une médecine holistique de faire l’impasse sur l’éducation de l’esprit ! Je souris aujourd’hui lorsque je relis la devise du journal de mon école : « Il n’est de mains qui soignent sans une tête qui pense. » On est en plein dedans !


 
5) Que pensez-vous de l’articulation entre réflexion philosophique et travail pratique durant la formation ?
C’est une très bonne idée d’intégrer un peu de pratique dans un D.U qui devrait être purement théorique. Cela permet de pratiquer avec des ostéopathes très différents les uns des autres, et de faire un lien entre le corps et l’esprit. On est dans une disposition très différente d’un cabinet, et de nouvelles choses en ressortent. On peut questionner la pratique de chacun, confronter nos idées et nos manières de faire, et on réalise que chacun a sa propre manière d’être ostéopathe. C’est passionnant.
 
6) Comment cette formation vient questionner votre activité professionnelle ?
C’est l’enjeu de ce D.U : questionner l’ostéopathie. Mon activité professionnelle est récente, et j’ai débuté dans le métier avec plus de questions que de réponses. A l’UCLy, les enseignants nous aident à accoucher de ce que l’on sait sans savoir que l’on sait déjà. Ils nous aident à exprimer ce que l’on réprime, à faire preuve d’originalité, à oser. Cette formation me permet de ne plus avoir peur de toutes ces questions, et d’accepter qu’il n’existe pas forcément de réponse linéaire.
 

 
7) Lors des sessions, quelle est la thématique qui vous a le plus marqué et pourquoi ?
Il est très difficile de répondre à cette question car chacun des cours a suscité chez moi l’étonnement, l’enthousiasme voire l’exaltation ! Chaque thématique nous ouvre une nouvelle porte, de nouvelles voies de réflexion qui sont infinies. Je dirais tout de même que j’ai particulièrement aimé le cours portant sur l’approche interculturelle du corps et de la maladie et celui sur l’image et imaginaire du corps avec l’exemple de la douleur. Ces deux thèmes nous ont permis de comprendre qu’il existe énormément de constructions culturelles concernant la douleur et la maladie, mais qu’il persiste pourtant quelque chose qui nous relie tous, et auquel nous pouvons avoir accès pour soigner. Le langage peut être différent, et la représentation que l’on a de son corps aussi. Tout l’enjeu pour les ostéopathes est de réussir à intégrer ces différences, tout en parvenant à accompagner les patients vers la guérison. Vaste programme.
 
8) Que souhaitez-vous dire à des ostéopathes qui découvrent l’existence de cette formation ?
Je pense que tous les ostéopathes devraient faire cette formation, qu’elle devrait exister dans toutes les écoles. Je sors de chaque session, de chaque heure de cours plus exaltée qu’avant, et à chaque fois différente. Ce D.U est stimulant, étonnant, il réveille la passion endormie et fait grandir celle qui est toujours présente. Les enseignants sont vraiment bienveillants, ils nous aident à nous sentir légitimes dans ce paysage ostéopathique chaotique. C’est simple, j’aimerais que la formation ne s’arrête jamais, et je n’exagère pas.