Éli ou Élie ? (Mt 27, 45-50) Quand l’ironie tourne au vinaigre

Revue Sémiotique et Bible

Serge Wüthrich (Institut Protestant de Théologie - Paris) propose dans cet article une analyse des dernières paroles de Jésus en croix dans l'évangile de Matthieu (27, 45-46). Élaborée dans le cadre d'une recherche sur l'ironie mise en discours, cette analyse met en œuvre les principes théoriques et méthodologiques de J. Geninasca. L'auteur observe dans ce fragment la présence de trois segments textuels dont la structure offre plusieurs points de comparaison. La méthode d'analyse choisie requiert, « une fois déterminées les limites des segments textuels et le découpage achevé [...d'établir] des relations hiérarchiques, paradigmatiques et syntagmatiques constitutives des unités discursives. » En d'autres termes, les trois unités discursives distinctes, que recouvre chaque espace textuel défini ci-dessus, se caractérisent par les relations d'équivalence sémantique qu'elles entretiennent entre elles. Il est ainsi possible de dégager de telles relations qui font correspondre à toute représentation sémantique d'une unité, une représentation identique ou modifiée appartenant à une autre unité. L'analyse permet d'éclairer d'un jour nouveau deux questions habituellement posées à la lecture de ce passage : la première est de savoir pourquoi, à partir du cri de Jésus, les spectateurs concluent qu'il appelle Élie. Et la seconde, quel rapport existe entre leur méprise et l'image d'un homme qui court chercher du vin vinaigré pour l'offrir à Jésus. L'ironie serait à reconnaître dans la stratégie énonciative d'un sujet d'énonciation implicite dont témoigne la mise en discours et l'organisation textuelle du fragment. Et l'on peut alors suggérer l'idée que l'ironie est ici le trait textuel dont l'actualisation en discours oblige le destinataire à un déplacement radical.
  • Dates
    Paru le 10 septembre 2009
  • Auteur(s)

    Serge Wüthrich

  • Éditeur
    Université Catholique de Lyon
  • Références
    n°135