D’un repas de communion et d’alliance à une offrande sacrificielle

Revue Sémiotique et Bible

Jean-Yves THÉRIAULT (Rimouski, Canada et ASTER) propose ici une lecture comparée du récit de la dernière Cène en Mc 14, 22-25 et de sa reprise dans le cadre de la Prière Eucharistique I du Canon romain. La lecture s'attache au traitement des figures du « pain » et de la « coupe » et de leur mise en discours dans ces deux textes. Une insistance particulière est donnée aux dispositifs d'énonciation dans l'un et l'autre texte, la prière liturgique présentant une structure singulièrement complexe puisque le « récit » du dernier repas et les paroles qu'il comporte sont prises en charge par un énonciateur délégué (le célébrant) qui ne peut s'identifier vraiment à la position de Jésus dans le récit évangélique. « La récitation des paroles sur le pain et la coupe ne sont plus entendues comme acte d'énonciation produisant de la signification à partir des parcours figuratifs et discursifs du repas donné par Jésus, mais leur prononciation méticuleuse est comprise comme acte transformant les signes matériel de l'offrande en corps et sang du Christ offert pour le salut et la rédemption des croyants. »

 Cette étude en parallèle permet en outre de comparer deux régimes anthropologiques fondamentaux, celui du don et celui de l'échange. Il semble que le récit de la cène en Mc se tient dans l'ordre du don. Dans le cadre d'un dernier repas avec les Douze Jésus leur donne un autre repas qui prend une valeur inestimable : il leur donne le moyen de garder vivante la relation à lui, de se nourrir, encore après sa mort, de sa présence corporelle sous un mode inédit. Le contre-don consiste pour eux à effectivement se nourrir et vivre de ce qu'il leur donne. Le sacrifice tel qu'il est mis en discours dans la Prière eucharistique relève de la catégorie de l'échange avec cette particularité que la valeur de l'objet mis en échange ne relève nullement d'une mesure établie d'avance ni d'un forme de contrat entre deux partenaires. L'offrant ne peut que reconnaître la grandeur de ce qu'il a reçu et l'offrir dans l'espérance que l'offrande soit agréée, et qu'il en retire ainsi les bienfaits attendus.

  • Dates
    Paru le 10 septembre 2010
  • Auteur(s)

    Jean-Yves Thériault

  • Éditeur
    Université Catholique de Lyon
  • Références
    n°139