Bourdieu et la doxa

Créé le 21 octobre 2011

Revue THÉOPHILYON

Pour Bourdieu, la doxa ne se résume pas à l'opinion. Elle est le sens commun fondamental, apparemment indiscutable, qui structure une société. Fondement du vivre ensemble, la doxa inscrit dans les corps les hiérarchies sociales, faisant passer pour naturelles la vision du monde des dominants. Toutefois, il faut préciser que la société n'est pas monolithique mais constituée d'un grand nombre de champs relativement autonomes, bien que jamais indépendants les uns des autres. Certains de ces champs occupent une position dominante, influençant les autres. Ce fut le cas du champ philosophique, qui a permis de produire une justification de l'ordre social, comme le montre l'exemple de Heidegger. Aujourd'hui, ce n'est plus la philosophie mais le champ journalistique qui impose des visions du monde. Obéissant à la loi de l'audimat, le journalisme favorise le fait divers, dont l'insignifiance requiert l'explicitation par des philosophes de télévision, aptes à penser par idées reçues. Summary Stanislas Deprez, Bourdieu and doxy For Bourdieu, doxy does not only concern opinion. It is fundamental common sense, undisputable in appearance, which structures a society. The basis of social life, doxy inscribes social hierarchies in bodies, considering as natural the vision of the world by prevailing powers. However, it must be stated that society is not monolithic but built of a large number of relatively autonomous fields, even though they are never independent from one another. Some of these fields occupy a dominant position influencing the others. Thus was the case of the philosophical field, which made it possible to justify social order, as is shown in Heidegger's example. Today, it is no more philosophy but the journalistic field which imposes visions of the world. Complying with polls (attendance measurements), journalism puts forward minor incidents, the insignificance of which require explanations by television philosophers, capable of thinking through preconceived ideas.
 
  • Auteur(s)
    Stanislas Deprez
  • Éditeur
    Université Catholique de Lyon
  • Références
    Tome XVI-2 L'opinon publique, sans anathème ni vénération